Les conquérants des cimes

Dossier ~ mercredi 19 décembre 2012 ~ 2 commentaires

Le 14 décembre, nous avions rendu un dernier hommage à Maurice Herzog.

Maurice Herzog et Hergé se sont rencontrés lors de la création de Tintin au Tibet. Hergé, comme à son habitude, avait le souci de se documenter et l'expérience de Maurice Herzog qui a vaincu l'Annapurna lui a été d'une grande aide ! Hergé avait particulièrement le souci de se procurer le témoignage de toutes les personnes dignes de foi qui avaient vu le yéti, notamment Maurice Herzog.

Cette rencontre est immortalisée par la dédicace placée en tête de son livre "Annapurna".

Le départ de Maurice Herzog vers d'autres cimes, nous donne l'occasion de republier un de nos journaux précédents à propos de ces conquérants hors norme que sont les alpinistes de haute montagne.

Edmund Hllary

Né en Nouvelle-Zélande (le 20 juillet 1919), il se passionna très tôt pour l'escalade. Comme beaucoup d'alpinistes, son rêve était l'Himalaya. Il participa à une première tentative de conquérir l'Everest en 1951. Sans succès. Il ne fut pas le seul à connaître l'échec : une douzaine d'expéditions s'étaient arrêtées avant d'atteindre le sommet. Plusieurs alpinistes avaient même trouvé la mort dans ces tentatives. Tout changea en 1953. Edmund participa à une expédition anglaise organisée par le général John Hunt. Dix alpinistes, chargés de se relayer, et trente-huit sherpas pour transporter le matériel (dont des bouteilles d'oxygène pour respirer dans l'air raréfié des hauteurs). L'ascension se fit lentement : sept semaines avec neuf de camps de base. À proximité du sommet, deux membres de l'expédition, envoyés en éclaireurs, estiment que cela est impossible.

Hillary, accompagné par son sherpa, prit quand même la route, marchant dans la neige, creusant des marches dans la glace, franchissant une paroi verticale de 15 mètres de haut. À bout de course et presque à bout de force ils atteignirent leur but. A 11h30, le 29 mai 1953, ils arrivèrent sur le toit du monde, hallucinés par l'air transparent et le blanc du paysage. Après 15 minutes de contemplation, ils redescendirent vers leur camp de base le plus proche. Ils venaient d'entrer dans l'histoire.

Tenzing Norgay

Qui de Edmund Hillary et de son sherpa Tenzing Norgay est arrivé le premier au sommet de l'Everest. La question restera à jamais sans réponse car les deux hommes n'ont jamais cessé d'affirmer que c'était l'autre qui avait conquis le toit du monde. Né en 1914, il passa sa vie dans la montagne puisqu'il grandit au pied de l'Everest et participa à de nombreuses expéditions. Dans les années 1930 il fut de trois expéditions qui se soldèrent par des échecs.

Mais il travailla également sur d'autres flancs notamment sur le Nanda Devi qui lui laissa de mauvais souvenirs car cette montagne provoqua la mort de nombreux alpinistes. Son succès aux côtés d'Edmund Hillary fit de lui une véritable gloire nationale au Tibet et changea radicalement sa vie. Considéré comme un spécialiste de la montagne, il finit par quitter son emploi de sherpa pour organiser des expéditions et fut même nommé directeur de l'Institut Himalayen d'Alpinisme. Tenzing Norgay mourut en 1986.

Roger Frison-Roche

Il est l'un des alpinistes français les plus célèbres. Non seulement du fait de ses exploits mais parce qu'il fut l'auteur de Premier de cordée, grand livre sur l'alpinisme dont la lecture fut obligatoire dans les écoles durant des décennies. Cet ouvrage fit d'ailleurs l'objet d'une adaptation au cinéma et à la télévision. Bien que né à Paris (le 10 février 1906) il voua sa vie à la montagne et s'installa à Chamonix face au Mont Blanc. Il exerça de nombreux métiers dont moniteur de ski et guide de haute montagne mais aussi journaliste, ce qui lui donna le goût de l'écriture.

En 1933 il réussit l'exploit d'organiser une émission radiophonique depuis le sommet du Mont Blanc. Étonnamment, il quitta la montagne pour le désert du Sahara où il passa près d'un quart de siècle. Mais, par ses écrits (romans et reportages) il fit beaucoup pour mieux faire connaître la montagne du grand public. Il mourut le 17 décembre 1999 dans cette ville qu'il aimait tant : Chamonix.

Maurice Herzog

" L'homme aux doigts coupés ". Dans sa conquête de l'Annapurna, il eut, en effet les doigts gelés et les orteils et on dut les lui amputer dès son retour. Le 3 juin 1950, il fut le premier, avec son compagnon Louis Lachenal, à atteindre ce sommet de l'Himalaya qui culmine à 8078 mètres.

C'était la première fois que des alpinistes franchissaient la barre des 8000 mètres. Un exploit qui fit la une des journaux du monde entier et dont Herzog tira un livre (Annapurna premier 8000) qui fut traduit en 50 langues et vendu à plus de 20 millions d'exemplaires dans le monde. Herzog consacra une grande partie de ses droits d'auteur à financer des expéditions pour aider des alpinistes.

Ardent défenseur de la montagne et du sport, il devint même Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports de 1958 à 1965. Il fut également longtemps maire de Chamonix. Quand Le Dauphiné Libéré lui demanda quel souvenir il conservait de son exploit, il répondit : " Paradoxalement, l'arrivée victorieuse au sommet ne constitue pas mon souvenir le plus profond. Le point fort dans ma mémoire c'est plutôt l'effroyable calvaire de la descente, la retraite. Là, j'ai cru mourir plusieurs fois, ce qui constitue évidemment pour un homme l'émotion la plus intense. Et puis, il y a eu les séquelles physiques, les amputations qu'il est difficile d'oublier. "

Lionel Terray

" Né au pied des Alpes (le 25 juillet 1921), ancien champion de ski, guide professionnel, alpiniste de grande course, membre de huit expéditions dans les Andes et l'Himalaya, j'ai consacré toute ma vie à la montagne, et, si ce mot a un sens, je suis un montagnard. " Ainsi se définissait Lionel Terray. Après de nombreuses expéditions dans les Alpes, il fit partie de celle qui, soutenant Herzog et Lachenal, partit à la conquête de l'Annapurna.

Mais ses exploits personnels se situent ailleurs. Il fut le premier à conquérir le Fitz-Roy, montagne de 3405 mètres située en Patagonie qui, en dépit de sa faible altitude, est considérée comme l'une des plus difficiles du monde. Trois plus tard, en 1955, Terray accrocha un autre exploit à son palmarès en grimpant en haut du Makâlû, cinquième sommet le plus haut du monde (8463 mètres) situé à la frontière entre le Népal et le Tibet. Le plus étonnant dans cet exploit est que Terray redescendit pour chercher les membres de son équipe et remonta au sommet avec eux. Il est mort en 1965. Là où il avait toujours vécu : dans la montagne; suite à une chute.

Edward Whymper

" Grimpez si vous le voulez, mais n'oubliez jamais que le courage et la force ne sont rien sans prudence, et qu'un seul moment de négligence peut détruire une vie entière de bonheur. N'agissez jamais à la hâte, prenez garde au moindre pas. Et dès le début, pensez que ce pourrait être la fin. " Tel était le conseil que donnait cet alpiniste (1840 - 1911) qui compte parmi les grands pionniers. Bien que Britannique, il s'intéressa de très près aux Alpes et fut le premier vainqueur du Cervin (4478 m), de l'Aiguille Verte (4122 m) et des Grandes Jorasses (4208 m).

Des expéditions difficiles qu'il fit durant l'année 1865 et dont certaines se soldèrent par la mort de ses coéquipiers. Aujourd'hui, Whymper compte parmi les grands noms de l'alpinisme. Il fut celui qui lui donna ses lettres de noblesse, abordant les conquêtes de manière rationnelle et préparant ses expéditions avec minutie. Il laissa derrière lui plusieurs livres qui devinrent des œuvres de référence pour les futurs alpinistes. Citius, Altius, Fortius !

Vos contributions (2) Contribuer
bouzouksdimanche 30 décembre 2012 à 17:13
ce qui est formidable, c'est d'avoir réalisé ces exploits avec un matériel des plus rudimentaires, sans repaires, sans GPS, sans radio ni satellite : les conquérants étaient livrés à eux-mêmes...
Aucun secours possible en cas de gros pépin !
Quant au pseudo exploit d'Herzog, avec tout le respect que j'ai envers l'alpiniste qu'il fut, je me permets comme bien d'autres, (dont sa propre fille), d'en douter : regardez ce cliché : ils sont toujours en pleine pente ! Disons que c'est là le plus haut point qu'ils aient atteint... sur un des...
4 Annapurna (car ce massif possède 4 sommets)....
Et j'irai même plus loin, en avançant l'hypothèse que cette montagne n'intéressait personne,*
puisque tous les regards étaient tournés vers l'Everest qui doit être, à mon avis, le tout premier 8000 à avoir été conquis par l'une des nombreuses expéditions qui ont précédé la victorieuse (d'Hillary en 1953).... le seul problème est que ceux qui y seraient allés n'en soient jamais
revenus ! (manque d'oxygène, perdus dans le brouillard, chute, ou autre drame)

*En fait ce n'est pas l'Annapurna que les Français devaient escalader mais bien son voisin, le Dhaulagiri, mais ils se sont mélangés les pinceaux dans leur marche d'approche, et en désespoir de cause, ils se sont attaqués à l'Annapurna, alors que la mousson arrivait, impitoyable !

PS : je possède l'original de l'ouvrage montré ci-dessus (non dédicacé, le mien) et me souviens très bien de sa lecture : jeune, j'appréciais énormément l'alpinisme et les exploits réalisés, surtout dans les Alpes (par exemple la face nord du Cervin, des Grandes Jorasses et de bien d'autres encore). Je n'ai malheureusement jamais eu la chance de pratiquer cette discipline : juste un peu de varappe le long de la Meuse où les rochers sont aussi beaux que dangereux (le Roi Albert 1er y trouva la mort à Marche Les Dames)
Mais mon regretté beau-frère était lui, un pur grimpeur et a même réussi l'exploit de "passer" la dalle de 400 mètres (en artif') légèrement en surplomb des Tre Cime Di Lavaredo...en Italie.(Dolomites).
Le véritable grimpeur se trouve là, dans les rochers, que ce soit dans les Drus ou ailleurs : les autres sont plutôt des "marcheurs de très haute altitude" et la seule vedette en cette matière est l'autrichien Reinhold Messner qui a réussi seul et sans oxygène, l'ascension de tous les 8000.
Mais on n'en parle pas.... C'est pas un "politique", lui, c'est tout simplement un...sportif : ouf !
+1
dingojeudi 20 décembre 2012 à 10:54
Excellent article. Ce sont de véritables aventuriers, dans l'esprit de Tintin !
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