Tintin au Cambodge !

Dossier ~ lundi 22 janvier 2018 ~ 2 commentaires
Copyright © Hergé / Moulinsart 2018 Tintin à Siem Reap

Ce titre résonne comme celui d’un album pirate de mauvais goût et pourtant, Tintin a déjà quelques titres de noblesse au pays des Khmers qui comme la Belgique est un royaume.

Son premier fait d’armes est d’avoir été traduit en khmer, issu des langues austro-asiatiques présentes en Asie du Sud-Est. La langue khmer appartient plus particulièrement au groupe des langues môn-khmer qui coexistent à côté de celui des langues munda parlées en Inde.

Le khmer est parlé principalement au Cambodge, mais aussi un peu dans certaines zones limitrophes des territoires de la Thaïlande et du Viêt Nam. Il est parlé par plus ou moins 14.200.000 personnes.

Certes, cette publication en khmer est actuellement limitée à un titre – celui du Lotus bleu – mais cette publication est hautement symbolique dans un pays qui a connu des souffrances et des atrocités sans nom.

Casterman, en coopération avec le Centre Culturel Français du Cambodge, est à l’origine de cette belle initiative concrétisée en 2001, avec l’aide de Christophe Macquet et le concours des étudiants de l’Université Royale de Phnom Penh.

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L'alphabet khmer possède 33 consonnes et 24 voyelles. Mais la langue parlée possède beaucoup plus de voyelles (au sens khmer).

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Cela peut sembler étrange et impraticable, mais derrière cette incongruité, il y a une astuce qui est résumée ici par Wikipédia :

Chaque consonne appartient à l'une des deux séries : légères ou lourdes. Si une voyelle est associée à la première série (dite légère), elle produit un certain son et si elle est associée à la deuxième série (lourde) elle produit un autre son. Ainsi les voyelles ont deux prononciations possibles (sauf 3 qui conservent la même sonorité dans les deux cas et 1 qui a trois sonorités). La plupart des voyelles ayant deux sonorités, cela donne plus d'une quarantaine de voyelles, ce qui peut paraître énorme. Le sens de voyelles chez les Khmers n'est pas tout à fait celui des linguistes. Par exemple : o court, o long, o suivi de m, o suivi de h, o suivi d'un arrêt glottal constituent 5 voyelles différentes. La langue possède aussi de nombreuses diphtongues. La plupart des consonnes (à part une le ng) se retrouvent aussi en français, bien qu'elles ne soient pas absolument identiques ; par contre, le français en possède certaines qui sont inconnues, ou pas encore transcrites officiellement « académiquement », en khmer : le f, le g (le son g', comme dans galette ou gâteau), le j et le z (le son z, comme dans zèbre ou bisou ; les personnes qui parlent uniquement le khmer ont un peu de mal à prononcer distinctement bijou et bisou) et à prononcer le u seul (un s sifflant est souvent ajouté). Le son ch, comme dans chapeau ou chocolat, est transcrit avec le son t'ch. (source Wikipédia).

Le khmer dérive du Vatteluttu, originaire du sud de l'Inde ou du Sri Lanka et est apparu au début de notre ère.

Tintin n’a jamais été au Cambodge… mais lors de son voyage en Chine (1934-1935) via l’Inde, il est passé au large de la pointe de l’ancienne Indochine française (constituée à l’époque de trois pays d'Asie du Sud-Est aujourd'hui indépendants, le Viêt-Nam, le Laos et le Cambodge) en mer de Chine du Sud.

La Cochinchine (le Sud de l'actuel Viêt-Nam qui apparaissait sur les cartes comme un territoire distinct des autres territoires qui sont le Cambodge et l’Annam ) n’a été réintégré au reste du pays vietnamien qu’en 1949, toujours sous l’égide de la France (l'État du Viêt-Nam est proclamé en 1949).

Ce n’est qu’en 1954 que l'indépendance du Viêt-Nam, du Laos et du Cambodge sera déclarée sur base des accords de Genève qui mettent un terme à la guerre d'Indochine et marquent dans le même temps la fin de la Fédération indochinoise. Ces accords seront finalement un échec et déboucheront sur la guerre du Viêt-Nam (1955-1975). En effet, ces accords d’armistice de Genève avaient départagé le Viêt-Nam en deux zones correspondant aux forces en présence (Nord Viêt-Nam soutenu par le bloc de l’Est et la Chine et le Sud-Viêt-Nam, soutenu par les Etats-Unis et leurs alliés). Cette ligne de démarcation ne tiendra pas longtemps.

Hergé n’a pas non plus manqué de dessiner le territoire du Cambodge sur la carte du continent asiatique publiée dans Le Petit vingtième du 1er décembre 1932 qui annonçait le voyage de Tintin en Orient.

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Nous ne pouvons pas évoquer le Cambodge sans mentionner cette période atroce des Khmers Rouges qui ont dirigé de façon arbitraire et terrifiante le pays de 1975 à 1979. Bien que chassés du pouvoir par l’invasion vietnamienne (le Viêt-Nam n’est plus dans le camp de la révolution menée par Saloth Sâr, plus connu sous le nom de Pol Pot), les Khmers Rouges prendront le maquis et mèneront une guerre de guérilla qui perdurera jusqu’à la fin des années 90.

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Sous le régime des Khmers Rouges, dans le triste célèbre centre S21 (Tuol Sleng situé dans le sud de Phnom Penh), un ancien lycée (Tuol Svay Prey) transformé en centre de détention et d’interrogatoire), pas moins de 14.000 Cambodgiens – enfants, hommes, femmes, jeunes, vieux - furent détenus, torturés pour être ensuite exécutés à quelques pas de là…

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Le quotidien d’un détenu s’il n’était pas interrogé sous la torture était :

• Réveil à 04h30 du matin
• Repas: une bouillie de riz à 08h00 et 20h00
• Pas d’eau dans la journée.
• Pour toilette , une boite de munition en métal.

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Les règles du camp ne nécessitent aucun commentaire supplémentaire :

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En 1979, un photographe immortalise les sept hommes rescapés de S21 qui posent en se tenant par l’épaule ou par la taille. De gauche à droite :

– Chum Mey, réparateur notamment de machines à coudre, 79 ans
– Roy Nea Kong, menuisier, mort en 1986
– Im Chan, sculpteur, mort en 2000
– Vann Nath, peintre, 63 ans
– Bou Meng, peintre, 68 ans
– Pha Than Chan, traducteur en vietnamien, mort en 2002
– Ung Pech, mécanicien, mort le 30 juillet 1996 (Source Cambodge Soir n.175)
(source : http://proceskhmersrouges.net/?p=693)

source http://proceskhmersrouges.net/?p=693

Parmi les nombreux témoignages, celui d’une famille : RIN TIN MALY !

Le 17 avril 1975, la famille RIN TIN MALY, composée de 17 membres, a été évacuée de Phnom Penh et envoyée au village de Ta Deh, commune de Slong, district de Kravanh dans la Province de Pursat. A leur arrivée, tous les membres ont été séparés et dispersés pour « travailler » dans les environs : à la campagne et dans la forêt, notamment à Battambang. Le pater familias qui était un ancien militaire sous Lon Nol a été envoyé à Chra Nauk, un centre de haute sécurité. La mater familias a été assignée à travailler pour une fabrique de tissage d’écharpes dans le village de Wat Ek.

Angkar (qui signifie littéralement « organisation), équivalent au Soviet dans la révolution russe, a envoyé un des enfants dans l’unité spéciale en charge des plus jeunes. L’aîné des frères fut envoyé dans une autre unité.

L’objectif était de briser les liens familiaux et sociaux traditionnels et d’organiser l’asservissement de la plus grande partie de la population sous forme de coopératives (travail forcé), obligeant celle-ci à une vie laborieuse collective, agrémentée de repas communautaires et d’une surveillance de tous les instants. Un régime qui entretenait un climat de peur et de terreur permanent. Le but ultime était la « rééducation » de la population. On estime que cette dérive totalitaire et l’épuration qui l’accompagnait ont tué plus ou moins 21% de la population Khmer qui totalisait 7.890.000 d’habitants à l’époque.

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Nous avons pu rencontrer Kim Nou qui réside à Wat Kor : son père a été tué par les Khmers Rouges en 1977. Pendant sa prime jeunesse, il a grandi dans un camp de réfugiés en pleine forêt, alors que la guérilla continuait dans le Nord du Cambodge. Il a commencé sa scolarité seulement à l’âge de 13 ans. Il s’en est sorti et a pu poursuivre des études d’ingénieur par la suite. Il a même pu apprendre le français. C’est là qu’il a découvert Tintin et ses aventures ! Tintin, malgré lui, était ce héros sans peur et sans reproche qui prend toujours parti pour les opprimés. Nourri de ce jusqu’au-boutisme si caractéristique qui anime notre personnage préféré, Kim a pu pardonner et construire l’espoir au travers des maisons de Wat Kor qui accueillent tous les visiteurs dans la pure tradition Khmer.

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Pardonnez à ceux qui vous haïssent ; rendez-leur le bien pour le mal ; montrez leur injustice en prouvant vos vertus ; forcez-les ainsi à l'admiration, à la reconnaissance, et vous aurez remporté le plus beau triomphe qu'une âme généreuse puisse souhaiter. Citation de Louis-Philippe de Ségur

Voici quelques autres photos du voyage de Tintin

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Maison Wat Kor
Vos contributions (2) Contribuer
boummardi 30 janvier 2018 à 10:26
Une tenue plus légère et plus appropriée pour découvrir ce merveilleux pays avec un peuple très courageux...
+1
paul2005jeudi 25 janvier 2018 à 12:52
C'est vraiment super ...
Tintin est habillé comme dans le lotus bleu ...
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