Documentaire : Hergé à l'ombre de Tintin

Dossier ~ samedi 1 octobre 2016 ~ 1 commentaire

Un artiste et son oeuvre entrés dans l’Histoire

Film documentaire, réalisateur : Hugues Nancy
Coproduction © 2016 – ARTE france / GEDEON programmes / MOULINSART SA / Rmn-Grand Palais / RTBF

Générique "Hergé à l'ombre de Tintin"

"THE ARTIST"

Raconter « Hergé à l’ombre de Tintin », c’est raconter l’histoire d’un créateur de génie et de sa créature qui a fini par devenir bien plus célèbre que le dessinateur qui l’avait inventée. Par une immersion dans l’oeuvre d’Hergé, dans l’univers de Tintin et par une déconstruction du processus créatif de Georges Remi, ce documentaire montre cet artiste à l’oeuvre comme on ne l’avait encore rarement vu.

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

L'INTENTION DE CE FILM

Quelques mois avant de mourir, Hergé confiait" Si je vous disais que dans Tintin j’ai mis toute ma vie… "(conversation avec Benoit Peeters, décembre 1982).

Hergé, parfois malgré lui, a consacré sa vie entière à Tintin. « Tintin c’est moi. Ce sont mes yeux, mes poumons, mes sens, mes tripes ! » expliquait-il pour justifier son refus que qui que ce soit puisse poursuivre les aventures de son héros de papier après sa mort.

Georges Remi devenu RG - Hergé - restera à jamais dans l’histoire de l’art comme le génial inventeur de Tintin, sorte de double dessiné de son créateur. Grâce à Tintin, Hergé est devenu un des artistes majeurs du XXe siècle que l’on retrouve dans le classement de ceux dont l’oeuvre a marqué durablement la vie artistique contemporaine.

Raconter l’artiste Hergé et son oeuvre, c’est d’abord raconter l’histoire d’un pionnier de la bande dessinée dont le parcours se confond avec l’invention puis l’avènement d’un art mineur devenu majeur. Qui peut dire que sans Hergé et ses 250 millions d’albums vendus, le 9e art aurait été ce qu’il est devenu aujourd’hui ?

Raconter Tintin, c’est raconter l’histoire d’un personnage devenu universel et insaisissable, emporté par l’effervescence du monde au point de presque dépasser son créateur et de devenir une figure familière qui a marqué plusieurs générations d’enfants européens. Combien d’entre nous, immergés dans les aventures de Tintin, se sont demandés qui pouvait bien être ce mystérieux Hergé dont on n’avait même aucune idée des traits de son visage ?

Raconter ce duo du « créateur et de sa créature », c’est raconter l’incroyable histoire d’un grand oeuvre, une bande dessinée aimée même de ceux qui n’aimaient pas cet art, rassemblée dans une collection d’albums qui ont fait entrer le couple Hergé/Tintin dans l’histoire de l’art. Un couple infernal au point que Hergé ira jusqu’à détester par moment l’emprise qu’aura eu sur sa vie son personnage et ses aventures. Georges Remi parviendra- t-il finalement à survivre à sa créature devenue bien plus célèbre que lui ?

Hergé était un artiste de génie qui a certainement été dépassé par l’impact et l’influence de son art dans l’histoire de la bande dessinée : un style devenu un classique de la BD et théorisé en « ligne claire », une colorisation par aplats sans ombres que personne n’avait osé, une immersion burlesque dans un monde en pleine mutation, une conception cinématographique de la bande dessinée avec ses plans (cases) et ses séquences (planches) et des personnages dont la récurrence et les tics de comportements ont permis leur entrée dans notre inconscient collectif.

Hergé, le dessinateur, aura été ce précurseur qui a imposé la publication d’albums de bandes dessinées dès les années 30 quand ses camarades pigistes rêvaient de voir leurs oeuvres éditées. Un dessinateur dont le trait et les scénarios ciselés ont permis à la bande dessinée d’obtenir une reconnaissance publique et internationale comme jamais auparavant.

Un précurseur qui s’est frotté très tôt à la question de l’animation possible de ses dessins à une époque où les dessins animés connaissaient leurs balbutiements. Une quête impossible qui a vu Hergé essayer toutes les techniques d’animation : images fixes déroulantes, marionnettes, long métrage d’animation, long métrage de fiction… Finalement Georges Remi n’aura pas vu son Tintin animé par Steven Spielberg dans une technique graphique, la motion capture, mêlant animation et acteurs en chair et en os pour enfin donner vie, au plus près de l’oeuvre initiale, aux aventures d’un des personnages les plus célèbres de la bande dessinée contemporaine.

Hergé, l’inventeur de plus de dix familles différentes de personnages de bande dessinée (Tintin, Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko…) aura vécu sa vie d’artiste comme un artisan, condamné pour son malheur comme pour son plus grand bonheur, à oeuvrer aux aventures de son héros immortel, né en 1929 et qui ne vieillirait presque plus. Des aventures de Tintin dans lesquelles Hergé mettra finalement des pans entiers de sa vie comme ses réflexions d’artiste et d’homme.

Alors qu’Hergé mettait un point d’honneur à donner de lui une image lisse et consensuelle à l’instar de son héros de papier, Georges Remi était en réalité un homme tourmenté, avalé malgré lui par son travail, préoccupé de spiritualité, à la recherche d’une inaccessible perfection. Un homme bien plus complexe que ce que l’on a longtemps cru.

Comme pour tous les créateurs d’exception, la gloire n’aura jamais suffi à l’apaiser.

(source: Hergé à l'ombre de Tintin, note d'intention Hugues Nancy)

DOSSIER

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HERGÉ, ARTISTE; TINTIN ICÔNE DU NEUVIÈME ART

Selon le journal Le Monde(1) Hergé fait partie des dix grands créateurs qui ont marqué le XXe siècle : il figure aux côtés de Picasso, Chaplin, Tolkien, Andy Warhol, Camille et Paul Claudel, Marilyn Monroe, Le Corbusier, Coco Chanel et Bob Marley .

Hergé, artiste, c’est aujourd’hui une évidence tant son oeuvre rayonne même s’il n’en pas toujours été ainsi. Son entrée à Beaubourg, le Musée Hergé de Louvain-la-Neuve en Belgique, dédié à ses créations, les nombreuses expositions dans le monde, sa cooptation par le monde des arts et des collectionneurs attestent de ce statut ! Sa venue au Grand Palais, consacre l’immortalité de son génie.

Hergé est parvenu à élever la bande dessinée au rang d’art véritable et son héros(2) est devenu une authentique icône de la culture contemporaine qui inspirera encore longtemps les générations futures.

1 Série de reportages consacrés à la postérité artistique par le journal Le Monde

2 Ce fils d’Hergé débarque également à la Comédie Française qui coproduit avec Radio France et Moulinsart l’adaptation radiophonique d’une série de cinq aventures avec les comédiens du « Français ». Ce vaste projet a démarré en 2015 et s’étalera sur une période de 5 ans.

LA BANDE DESSINÉE, ART MAJEUR, ART MINEUR ?

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

L’actualité des deux dernières décennies a tranché. Les dessins originaux des grands maîtres du genre s’arrachent à des prix d’or et les planches originales ont fait leur joyeuse entrée dans les plus grands musées du monde. De quoi faire rêver bien des plasticiens en mal de reconnaissance.

Parmi les virtuoses de la plume, une vedette incontestée : Hergé, de son vrai nom Georges Remi, le père de la bande dessinée européenne, le grammairien de la case et de la bulle, le génial créateur des aventures de Tintin et Milou. Mais pas seulement…

UN CRÉATEUR BIEN INSPIRÉ

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

Toute sa vie durant, l’artiste remettra cent fois sur le métier son ouvrage et ne cessera de peaufiner son travail avec un seul objectif : atteindre l’excellence. Mission accomplie… Avec une bonne dose d’humilité, associée à un étonnant mélange de candeur et de réalisme, Hergé développe un art qui touche à tous les domaines de l’expression artistique. Admirateur éclairé des peintres, dessinateurs et graveurs que furent Holbein, Dürer ou Ingres, autodidacte inspiré, auteur complet, le maître de la ligne claire, ne cessera d’observer le monde qui l’entoure et en fera son miel dans un genre graphique et une veine scénaristique à nulle autre pareille.

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

C’est de la vision personnelle qu’Hergé avait de la bande dessinée qu’est née son style si singulier. Hergé voyait les choses en mode cinéma et ce depuis Totor (1926) tant du point de vue de sa création que de l’organisation de son travail. Sur ce point, la création de ses studios est une sorte d’aboutissement à l’image des Studios Disney. Ses Studios étaient une major de papier. Il construit sa bande dessinée en recourant à de nombreuses techniques cinématographiques où l’unité minimale est la case (à l’instar du plan dans un film) et la planche est la séquence.

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

L’assimilation de cette grammaire cinématographique par Hergé se cristallise aussi par l’utilisation de techniques comme les raccords, le Mac Guffin, le flashback et le cliffhanger. Mais plus encore par l’infilmé (ce qui est raconté sans image et sans mot et qui s’assimile à l’ellipse) ou l’enchaînement entre deux cases. Avec Hergé, le mouvement ou l’action fait partie de l’image même, au lieu d’être du mouvement rajouté à une image fixe. Les phylactères font office des dialogues synchrones à l’image et les cursives de voix off ou de commentaires narratifs. Le bruitage quant à lui fait l’objet de mots stylisés.

UNE CRÉATION MOUVEMENTÉE

Après guerre, sa créature – Tintin – l’obsède le hante ! Sa relation avec Tintin n’est pas au beau fixe. Il parle d’elle au passé : « Tintin a été pour moi… » (1948). C’est à ce point tendu qu’Hergé n’hésite pas à s’auto-caricaturer en présence de sa créature. Et parfois, il n’y a pas de quoi rire tant la force de ses caricatures témoigne d’une situation tendue avec ses personnages de papier.

Hergé se représente en tant que dessinateur et, généralement, comme un dessinateur complètement à bout de forces, harassé par son travail. Il est soit un forçat (en pyjama rayé !) qui travaille enchaîné à un boulet ou sous la menace d’un chat à quatre (sic) queues, soit un évadé ramené, menottes aux poings, à sa table à dessin abhorrée. La plupart du temps, ses personnages «chéris» sont fâchés sur lui et le menacent: il est assommé à coups de matraque, enlevé, ligoté, engueulé comme du poisson pourri, roué de coups, humilié, un pistolet est braqué sur sa tempe…

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

Comme Alfred Hitchcock, Hergé apparaît dans certaines des planches de Tintin en se représentant dans un rôle de figurant, dissimulé dans une scène où, à première vue, il n’attire pas l’attention, Hergé renoue en fait avec les débuts de l’autoportrait à l’époque du Quattrocentro italien. Le statut social de l’artiste peintre au XVe siècle n’était guère élevé et la pratique de l’autoportrait faisait partie de sa stratégie de reconnaissance et d’acceptation. Hergé est en quête de reconnaissance !

La cassure entre l’avant et l’après guerre est réelle ! Hergé reconnaît qu’il lui sera impossible, désormais, de mettre à nouveau, toute sa vie au travail (Ph. Goddin, Hergé, Lignes de vie, p. 431).

LE GRAND VIRAGE

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Les années cinquante constituent un véritable tournant dans la carrière de cet homme aux talents multiples avec la création des Studios Hergé, un atelier à la manière des grands peintres de la Renaissance, organisé selon le principe de la division du travail et de la répartition des tâches, selon la spécialité et la compétence des uns et des autres. Magiciens du décor, experts en représentation de machines, coloristes, dessinateurs et collaborateurs proches, chacun veille au grain d’un moulin qui tourne à plein régime. Une petite entreprise qui ne connaîtra que très tardivement la crise.

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Les Studios Hergé se trouvent dorénavant au centre de cette création qui s’organise collectivement. C’est dans cet atelier qu’Hergé, au fil du temps, présente ses acquisitions contemporaines signées par des créateurs comme Lucio Fontana, Pierre Alechinsky, Sonia Delaunay, Serge Poliakoff, Victor Vasarely, Miguel Berrocal, Jean-Pierre Raynaud, Frank Stella, Tom Wesselman, Roy Lichtenstein ou Andy Warhol.

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LA NOBLESSE DU TRAIT ET DU RÉCIT

Au sein de ce cocon dynamique, Hergé s’épanouit de plus et plus, et à l’insu de son plein gré, il réussit bientôt à s’extraire du costume quelque peu étriqué d’auteur de bande dessinée. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les « brouillons » de travail de l’artiste.

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

Le trait à la mine de plomb est nerveux, inspiré, bouillonnant, d’une densité et d’une profondeur égales à ceux des plus illustres créateurs en matière d’arts plastiques.

Enki Bilal parlant d’Hergé : « Il a amené à la perfection un système narratif qui produit du rêve : dans ses albums, l’emplacement des phylactères, le mouvement du dessin, la logique de lecture, l’art des ellipses dans l’histoire : tout est extrêmement travaillé. Les ingrédients d’un récit parfaitement maîtrisé sont tous là.»

LES COULEURS D’HERGÉ

Grâce aux Studios, Hergé va faire preuve d’une grande exigence pour la mise en couleurs de ses albums dès les années 40. Pour ce faire Hergé adopte un système chromatique cohérent. Il sait que les tons pastel qu’il affectionne lui permettent de s’adapter aux approximations de la photogravure. Pour lui, chaque élément doit avoir une teinte invariable, qu’aucun effet gratuit ne peut altérer. Tout comme il refusait, à l’époque du noir et blanc, à recourir à des ombres (à des rares exceptions près), il refuse les effets anecdotiques dans la mise en couleurs. Les couleurs sont appliquées selon ses dires en aplats, c’est-à-dire en ne tenant compte ni des ombres ni des dégradés favorisant ainsi une lisibilité et une plus grande fraicheur aux dessins. Plus tard, fin des années 50, Hergé sera obsédé par le blanc (Tintin au Tibet) qui est la couleur par excellence pour représenter la pureté.

Copyright © Hergé / Moulinsart 2016

L’ART, ENFIN

Les Sixties ne feront que confirmer la tendance, restituant en quelque sorte au père de Tintin sa part de liberté d’expression, longtemps mise à mal par un rythme de cadences infernales. Le créateur s’affranchit de sa création et prend la mesure du monde et des choses qui l’entourent. Il se met à collectionner l’art abstrait, l’art conceptuel, le Pop Art et la peinture minimaliste. Mieux, il va délaisser quelque peu la planche à dessin pour le chevalet. Une aventure qui sera sans lendemain, mais un pas décisif est alors franchi : sans trop s’en rendre compte, Hergé a transcendé le monde du neuvième art et s’est totalement affranchi du statut d’auteur de bande dessinée. Il est devenu tout simplement un auteur à part entière…

Copyright © Hergé

L’Alph-Art, resté inachevé est son album-testament ! Tintin (Hergé disait « Tintin c’est un peu moi ») y est sacré oeuvre d’art par le dessinateur lui-même; le héros voit son sort scellé par Endaddine Akass (le guru faussaire) qui veut le faire disparaître et pas de n’importe quelle manière !

Endaddine : « Non, César tout court, le sculpteur, l’homme des compressions. Tenez, en voici une ! C’est aussi l’homme des expansions, comme celle-ci… Eh bien, mon cher, nous allons couler sur vous du polyester liquide; vous deviendrez une expansion qui sera signée César et sera ensuite authentifiée par Zolotas, l’expert bien connu. Ensuite, elle sera vendue, soit à un musée, soit à un riche collectionneur… ».

On ne saura jamais si Hergé voulait se débarrasser de son héros sentant que la maladie allait bientôt l’emporter.

Extrait de "Hergé à l'ombre de Tintin": L' Affaire Tournesol

LES DIFFUSIONS

• Diffusion avant-première au Grand Palais/Paris le 12/10.
• Diffusions sur la RTBF programmées:
- le vendredi 14/10 à 20h51 sur la Une.
- le samedi 15/10/2016 à 11h16 sur la Une
- le mercredi 19/10/2016 à 10h35 sur la Trois.
• Diffusion sur Arte le 16/10

Vos contributions (1) Contribuer
ivannavendredi 11 novembre 2016 à 00:27
Article fort intéressant pour un documentaire que je vais bientôt découvrir, merci. :)
+1
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