Raymond Leblanc, fondateur du Journal Tintin

Dossier ~ mardi 12 mai 2015 ~ 1 commentaire

Raymond Leblanc était un homme de conviction ! Il est l’exemple même de la formule « c'est d'abord l'énergie des hommes qui fait la performance des entreprises » !

Il fut tout à la fois et notamment le fondateur du journal Tintin, des Éditions du Lombard, de Publiart et des Studios Belvision.

Ce célèbre magazine, destiné aux jeunes de 7 à 77 ans, paraît pour la première fois le 26 septembre 1946 et connaît immédiatement le succès. À la direction du journal Tintin, un duo de choc : Hergé et Raymond Leblanc. Le sens artistique du premier et l’esprit d’entreprise du second firent mouche. Raymond Leblanc fut tour à tour un incroyable découvreur de talents, un self-made man hors du commun et un génie du marketing. Il fut aussi le premier en Europe à créer un studio de dessins animés : Belvision.

À deux pas de la gare de Bruxelles-Midi, le bâtiment inauguré en 1958, abrite non seulement cette entreprise innovante mais aussi, les éditions du Lombard qu’il créa également.
Sur le toit de l’immeuble, trône une enseigne lumineuse géante à l’effigie de Tintin et Milou.

Le Musée Hergé se réjouit de rendre hommage à cet acteur incontournable de l’histoire du neuvième art.

Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé
Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé
Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé
Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé
Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé
Exposition Raymond Leblanc - Musée Hergé

Éditeur dans l'âme

Il y a 100 ans, le 22 mai 1915, naissait Raymond Leblanc, à Longlier, près de Neufchâteau, dans l’Ardenne belge. Les Ardennais défendent une réputation de robustesse, de détermination et d’endurance – ces trois qualités ne manquèrent jamais à Raymond Leblanc, autant pour ses activités que dans la poursuite de ses rêves.

Editeur dans l’âme, il fut un des premiers à adapter les lois du marketing moderne à l’appui de ses entreprises éditoriales. Il comprit très vite l’importance de la publicité dans la survie des journaux et magazines, et n’hésita pas à mettre la bande dessinée au service de messages publicitaires – une révolution pour l’époque ! A cette fin, il inaugura l’agence Publi Art, qui innova dans plusieurs domaines de la communication commerciale.

Et comment oublier que Raymond Leblanc rêva, avec Belvision, de fonder des studios de dessins animés, susceptibles de rivaliser avec les géants américains ? Sans doute n’alla-t-il pas aussi loin, mais que de réussites et de films, toujours à l’affiche des chaînes de télévision dans le monde entier.

Un héros de la Résistance

C’est la Seconde Guerre mondiale qui fait basculer la vie du jeune Raymond Leblanc. Officier des douanes belges, il est mobilisé dans son unité, les Chasseurs ardennais. En mai 1940, après l’invasion de la Belgique, ce jeune sous-lieutenant est fait prisonnier, mais les Allemands le libèrent, faute de place pour emprisonner toute l’armée.

Raymond Leblanc n’est pas du genre à rester inactif. Il gagne Liège et on le retrouve employé à l’administration des douanes. Le bouillant patriote Leblanc a tôt fait de juger l’occupant et ses complices belges. Il rejoint le maquis dès 1942. Il s’y illustrera au cours de plusieurs actions audacieuses, ce qui lui vaudra d’être un des premiers décorés de la Croix de Guerre, à la Libération.

En mai 1945, il achète avec ses économies un dragueur de gravier appelé à débarrasser des dégâts de la guerre le fond de la Meuse, où la navigation reste aléatoire.

Une rencontre déterminante

Mais le jeune homme taquine l’art de l’écriture. Il a déjà publié un roman, Sèves, et il récidivera avec un livre de souvenirs, Dés Pipés, Journal d’un Chasseur ardennais, consacré à la période de la ‘drôle de guerre’ de 1939 - 1940.

Quoi d’étonnant qu’en compagnie de deux associés, Albert Debaty et André Sinave, il fonde la maison d’édition Yes, qui dès 1945 publie des romans sentimentaux dans les collections Cœur et Aveux, ainsi qu’un mensuel consacré au cinéma, Ciné Sélection ? Les éditions Yes occupent un bureau au 55 de la rue du Lombard.

Raymond Leblanc racontait : « Un concours de circonstances et un ami commun, Pierre Ugeux, m’a mis en contact avec Hergé ».

De cette rencontre est née une « entreprise » qui va durer plus de 40 ans !

Hergé et Raymond Leblanc

La création du journal Tintin

Le 26 septembre 1946 parut le premier numéro de Tintin, qui portera plus tard le slogan archi-connu : ‘le journal des jeunes de 7 à 77 ans’. Une naissance non sans peine. Pour y arriver, il avait fallu que Raymond Leblanc se convainque lui-même de la faisabilité d’une telle entreprise. Et ensuite, il avait fallu convaincre… Hergé !

Leblanc était un homme déterminé, et aussi obstiné. Peu à peu, lors de discussions à l’avenue Delleur (à Watermael-Boitsfort, dans la banlieue bruxelloise), où habite Hergé, et dans les bureaux de la rue du Lombard, se constitue une équipe.

Rue du Lombard
Magasin Tintin rue du Lombard

En dépit de la concurrence (le journal Spirou n’est qu’un des titres qui foisonnent dans l’euphorie de la Libération), les 60.000 exemplaires du premier numéro de Tintin furent épuisés le jeudi même de leur parution. Très vite, le tirage monta à 80.000 exemplaires. Une version néerlandophone, Kuifje, le rejoignit bientôt et un lancement en France suivit très vite.

Quand on tourne les 12 pages du premier numéro de Tintin, on ne peut qu’être frappé d’une évidence : il ne s’y trouve que des vedettes. Blake et Mortimer (‘Le Secret de l’Espadon’), Corentin et, bien sûr, Tintin avec ‘Le Temple du Soleil’ – tous ces héros de papier, qui ont enchanté la jeunesse de plusieurs générations de lecteurs, sont nés en cet historique 26 septembre 1946.

Le héros qui donna leur chance aux héros de papier

Les bureaux de la rue du Lombard deviennent très vite trop étroits. En 1958, à la veille de l’ouverture de l’Exposition universelle de Bruxelles, les Editions du Lombard emménagent dans un building flambant neuf, aux 7 à 11 de l’avenue Paul-Henri Spaak.

Editions Lombard
Editions Lombard
Editions Lombard

Quel voyageur, débarquant du train à la gare du Midi, n’a pas été accueilli par les sourires géants de Tintin et de Milou, au sommet de cet immeuble ?

De héros de la Résistance, Raymond Leblanc devient l’éditeur qui donne leur chance aux héros de papiers. La liste est longue, de Chick Bill à Ric Hochet, en passant par Chlorophylle, Michel Vaillant, Jari, Bernard Prince, Luc Orient, Spaghetti, Oumpah Pah le Peau Rouge et autres Pom et Teddy, Chevalier blanc ou Marc Franval

L’héritage d’une vie riche et généreuse

L’année 1955 a été riche en nouveautés. Line, « le journal des chics filles » se veut le pendant féminin de Tintin – il fait son apparition le 10 mars de cette année-là.

La même année, les studios Belvision ouvrent leurs portes. L’odyssée de cette entreprise ne se résume pas en quelques lignes. Qu’il nous suffise de dire que les dessins animés, issus de Belvision, continuent à passer sur les chaînes de télévision du monde entier.

Affiche Belvision

Le timbre Tintin ; l’autodrome Tintin à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 – quelques idées qui jalonnent l’aventure du journal Tintin (disparu en 1988) et des Editions du Lombard, aujourd’hui partie intégrante du groupe Média Participation.

Timbres Tintin

Raymond Leblanc se survit à lui-même, au travers d’une fondation qui porte son nom. Il a voulu qu’elle poursuive ce qu’il a fait toute sa vie : donner leur chance aux jeunes artistes.

Pour en savoir plus

Les Editions Moulinsart ont publié un passionnant ouvrage, Le Journal Tintin – Les Coulisses d’une Aventure. Souvenirs, documents inédits, photos et le fac similé du numéro 1 de Tintin vous y attendent. Un livre qui ne perdra jamais son actualité.

"Raymond Leblanc, le magicien de nos enfances" - Jacques Pessis - Éditions de Fallois/Paris 2006
"Raymond Leblanc, le magicien de nos enfances" - Jacques Pessis - Éditions de Fallois/Paris 2006
"Raymond Leblanc, le magicien de nos enfances" - Jacques Pessis - Éditions de Fallois/Paris 2006
"Raymond Leblanc, le magicien de nos enfances" - Jacques Pessis - Éditions de Fallois/Paris 2006
Vos contributions (1) Contribuer
johnjeandimanche 7 juin 2015 à 10:11
Les dessins animés Tintin produit et créer par Belvision sont très bons.
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