Tintin et les deux-roues

Dossier ~ jeudi 5 juin 2014 ~ 6 commentaires

Remerciement à notre reporter Pascal BAËRD (Paris)

La lecture attentive des aventures de Tintin fait apparaître que, contre toute attente, Hergé donne une place très mineure aux deux-roues dans ses albums.

Étrangement, en effet, les vélos sont quasiment absents des vingt-quatre albums de Tintin (de Tintin au pays des Soviets à Tintin et l’Alph-Art inclusivement). Ils n’apparaissent que très exceptionnellement, tantôt comme moyen de locomotion pour Tintin, tantôt comme élément de décor. De la même façon, les motos sont très rares. On les trouve principalement comme escorte motocycliste, montées par des militaires ou des policiers, beaucoup plus que comme des véhicules utilisés par Tintin pour se déplacer.

1. LES VÉLOS

Seuls quatre albums, sur les vingt-quatre, contiennent des dessins de vélos :

- dans Le Lotus bleu, page 22, Tintin enfourche un vélo pour échapper à ses poursuivants ;

- dans Les 7 Boules de cristal, pages 45 et 46, deux policiers circulent à vélo et, page 55, un cycliste anonyme se trouve à l’entrée de Saint-Nazaire ;

- dans L’Affaire Tournesol, page 13, un vélo figure parmi les curieux massés devant la grille de Moulinsart et, pages 37 et 38, un vélo est sur la place du village traversée à vive allure par un Italien sportif dans sa Lancia ;

- dans Les Bijoux de la Castafiore, pages 50 et 51, le pianiste Igor Wagner se rend au village sur le vieux vélo de Nestor pour parier aux courses. De même, page 58, Tintin, accompagné de Milou qui est installé dans un panier sur le porte-bagages arrière, vont également à vélo dans la bourgade de Moulinsart pour contacter un élagueur .

Les 7 Boules de cristal page 46
Les Bijoux de la Castafiore page 51
Le Lotus bleu page 32
L'Affaire Tournesol page 38

Des vélomoteurs figurent également dans les albums : Tintin en utilise un dans Tintin et les Picaros (page 1) et dans Tintin et l’Alph-Art (page 13 et suivantes), mais il ne s’agit donc pas de vélos à proprement parler.

De la même façon, des véhicules dérivés du vélo, telle une sorte de quadricycle roulant sur des rails dans Tintin au pays des Soviets (pages 20 et 21) ou un tricycle dans Tintin au Tibet (page 8), apparaissent dans les albums mais ce ne sont à nouveau pas des vélos au sens propre du terme.

On ne trouve même pas un vieux vélo ou des éléments de vieux vélos ( cadres, roues, guidons, etc…) dans les amoncellements d’objets dessinés dans les scènes de marchés aux puces (L’Oreille cassée, Le Secret de La Licorne), chez les brocanteurs, dans les greniers ou dans les caves (Le Trésor de Rackham le Rouge, Les Bijoux de la Castafiore). Tout juste remarque-t-on deux vieilles roues de moto dans un chariot de l’usine de charcuterie présente dans Tintin en Amérique, p. 53.

2. LES MOTOS

Les motos, comme les vélos, sont rares dans les albums, surtout comme moyen de transport de Tintin. De fait, dans un seul d’entre eux (Le Sceptre d’Ottokar, pages 13 à 15), Tintin conduit une moto.

Le Sceptre d'Ottokar page 13

Il poursuit des agresseurs et tente sans succès de rattraper des agents bordures avec, au début de la course, les Dupondt assis en passagers sur le siège arrière. Ils seront éjectés au premier coup d’accélérateur ! Seul Milou tiendra bon...

Ailleurs, les motos apparaissent seulement comme des éléments de décor ou des instruments de l’action, sans que Tintin en soit directement l’utilisateur.

On observe ainsi un motard civil effaré devant le costume de cow-boy porté par Tintin dans la ville construite en un jour sur le territoire indien. C’est à cet endroit que Tintin avait découvert quelques heures plus tôt, et par le plus grand des hasards, un gisement pétrole. (Tintin en Amérique, page 29).

Mais ce sont les estafettes à la poursuite de Tintin (souvent en side-car) ou les escortes motocyclistes de hautes personnalités qui offrent le plus grand nombre d’images de motos.

On en trouve ainsi dans six albums : Tintin au Pays des Soviets, page 9 - Tintin en Amérique, pages 2 à 4 - Le Lotus bleu, page 32 - Les 7 Boules de cristal, pages 45 à 47 - L’Affaire Tournesol, page 57 - Tintin et Les Picaros, pages 13 et 14.

Tintin en Amérique page 03

On note également un scooter parmi le public devant les grilles de Moulinsart (L’Affaire Tournesol, page 13), ainsi que sur la place du village traversée par la Lancia déjà citée (page 38 de cet album). Mais la présence de deux-roues motorisés dans Les aventures de Tintin se limite à cette brève énumération.

3. OBSERVATIONS

La mise en scène de voitures, de trains, de bateaux, d’avions, de chars d’assaut, et même d’une fusée lunaire dans deux albums, est courante dans Les aventures de Tintin et la rareté des vélos et des motos en est d’autant plus surprenante.

Le vélo est pourtant un véhicule parfaitement en phase avec la personnalité de Tintin : sportif, dynamique et énergique, aimant le risque et ne craignant pas le danger, Tintin était tout naturellement désigné pour circuler à vélo. En outre, en 1936, année de parution du Lotus bleu, les vélos occupent une place grandissante en France avec les congés-payés du Front populaire.

Malgré cela, Hergé les utilise à peine dans ses albums. Dans les années 70, quand le vélo redevient à la mode, il n’est pas davantage représenté.

Le vélo est en outre un moyen de locomotion peu polluant et à réputation écologique, un aspect des choses auquel Hergé se disait attentif, surtout à la fin de sa vie. La pratique du vélo par Tintin aurait permis à Hergé d’affirmer ses préoccupations de protection de la nature, mais il ne l’a manifestement pas jugé utile.

Il est vrai qu’il y a 40 ans (Tintin et les Picaros est sorti en 1976), le souci écologique n’était pas omniprésent comme il l’est devenu par la suite et par voie de conséquence, Hergé n’était pas entraîné par une pensée dominante qui l’aurait poussé à mettre l’accent sur ce thème. Finalement, pourquoi Tintin fait-il si peu de vélo ?

Parce qu’il fait beaucoup de marche à pied, en ville, à la campagne, en montagne et dans le désert, autant par nécessité que par plaisir. On pourrait toutefois objecter que la marche et le vélo sont compatibles.

Peut-être le vélo n’est-il pas aux yeux du desssinateur un objet suffisamment spectaculaire ? Dans une œuvre graphique comme une bande dessinée, le coup d’œil est primordial et un gros camion ou un yacht luxueux frappent davantage l’imagination qu’un vélo ! Mais quid alors de la moto ? Elle pourtant bien plus attractive au niveau visuel, ce qui ne la rend apparemment pas plus attractive pour Hergé...

Et si c’était tout simplement parce qu’Hergé avait considéré que le vélo n’était pas à la mesure des partenaires de Tintin, chefs de gangs internationaux, têtes couronnées ou grands savants ? Comme si le vélo et la moto étaient, du fait de leur simplicité, en déphasage avec les défis colossaux affrontés - avec succès- par Tintin ? Cette raison ne nous apparaît pas comme totalement convaincante... mais il faudra toutefois s’en satisfaire.

Tintin et le vélo... encore un mystère de ces prodigieux albums.

Pascal BAËRD

Images de la documentation d'Hergé
Vos contributions (6) Contribuer
patcocsamedi 25 mars 2017 à 03:08
TINTIN roule sur une moto avec side-car, dans ses “Aventures au pays des soviets” (Page 5)(6). Last but not least,c’est aussi en moto et side-car qu’on le voit détruire un barrage dans le film produit par Spilberg. Bien sûr ,ce ne sont plus alors des deux roues.
bouzouksmardi 24 juin 2014 à 08:37
@gtissot : je n'avais rien dit d'autre, je voulais simplement faire allusion à une possible confusion car l'homonymie est proche et l'ancêtre du vélo possède bien deux roues et c'est précisément le thème ici abordé....
Mais il y a bien longtemps que tout ces engins ont disparu, sauf les... draisiennes (!!!) pour les tout petits...
gtissotjeudi 19 juin 2014 à 22:00
Pas du tout : une draisienne a deux roues - c'est l'ancêtre du vélo, une draisine peut en avoir quatre et circule sur des voies de chemin de fer.
gtissotmardi 17 juin 2014 à 01:55
Ce que vous nommez "une sorte de quadricycle roulant sur des rails dans Tintin au pays des Soviets" s'appelle une draisine.
+1
boummardi 10 juin 2014 à 15:13
Merci Bouzouks!

On a skippé les voitures de course…DSL!
+1
bouzouksvendredi 6 juin 2014 à 21:37
Et pourtant, "la Grande Evasion" se termine par une fuite de Steve Mc Queen à moto !
(film que Georges Remi a du voir à l'époque... de même que les nombreuses machines utilisées durant le Second Conflit mondial, par les allemands en particulier, avec ou sans side )
Hergé ne devait pas trop apprécier ce genre de mécanique qu'il dessinait de manière plus que fantaisiste, en changeant les éléments de place sur ces glorieuses machines belges de l'entre-deux guerre ("les demoiselles de Herstal"), voire même en oubliant des commandes basiques, un peu à la manière dont il avait oublié le volant de Tryphon dans la Willys d'Objectif Lune....
Observez par exemple le side-car de l'Amérique (ci-dessus) : remarquez l'absence de poignées de frein et d'embrayage au guidon, de même que celle des commandes au pied. Et cet échappement qui sort du cylindre droit du moteur pour disparaître totalement après la botte du pilote !!!
Je n'ai jamais lu quelque part que notre auteur préféré ait un jour posé les fesses sur une moto, par contre, il était amateur de belles mécaniques, mais sur 4 roues... où là, il ne manque pas grand chose à la panoplie dans les aventures !

PS : un grand bravo pour les photos "d'époque", où l'on peut observer, sur certaines, la présence de deux personnes à bord des voitures de course. Il faut savoir, qu'à l'époque, le pilote était toujours accompagné de son mécanicien pour le dépanner en cas de pépins, presqu'inévitables avec ces moteurs d'une fragilité légendaire !
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