Tintin le polyglotte !

Dossier ~ jeudi 27 février 2014 ~ 4 commentaires

Tintin parle plus de 100 langues différentes, des langues les plus parlées au monde à celles les plus hétéroclites !

Dès 1946, les albums de Tintin prenaient un tournant international. Traduits pour la population flamande de la Belgique, mais aussi à destination de la Hollande, les premiers titres proposés furent durant cette année L’Oreille cassée, L’Île Noire et Le Secret de La Licorne en néerlandais. En 1952, ce sera au tour de l’Allemagne, de l’Angleterre et de l’Espagne (en castillan) . Dans les trois cas, le choix se portera sur le dyptique Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge.

Le Trésor de Rackham le Rouge en Bruxellois - Les Bijoux de la Castafiore en Bourguignon
Le Crabes aux pinces d'or en tahitien - Le Temple du Soleil en provencal

Puis, par ordre chronologique, on verra apparaître des épisodes traduits en :

- Américain en 1959.

- Danois et suédois en 1960.

- Portugais du Brésil, finnois et italien en 1961.

- Turc en 1962.

- Hébreu et catalan en 1964.

- Japonais et grec en 1968.

- Persan et islandais en 1971. Etc...

Tintin et le terroir

Cette petite liste est bien loin d’être exhaustive, mais un tel échantillon permet déjà de constater à quel point l’engouement pour les aventures de Tintin est depuis longtemps une affaire internationale.

Très vite aussi sont apparues les premières traductions dites « régionales ». Cette qualification est bien évidemment périlleuse, mais néanmoins nécessaire au vu du rayonnement géographique des dites langues. Sous cette dénomination est reprise une variété linguistique propre à un groupe d’utilisateurs déterminés et souvent associés à une région déterminée.

Ces utilisateurs sont souvent mais pas exclusivement des personnes âgées ; on trouve aussi des amoureux des traditions locales ou les défenseurs d’une identité régionale qui résistent tant bien que mal aux velléités centralisatrices.

Ces langues régionales ou minoritaires ont fait récemment la Une de l’actualité avec la question de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Le parti breton a d’ailleurs rué dans les brancards pour que cette ratification se fasse sans réserve et sans restriction. Une des restrictions envisagées par la France serait d’interdire toutefois que ces langues puissent être pratiquées dans la vie publique.

Lire l’article de Marianne : Langues régionales : encore de l’enfumage sociétal ?

Situation en France, des langues régionales :

En Belgique, il y a aussi plusieurs langues régionales dont : le westlands, le wust-vlaams, le waaslands, le picard, le wallo-piccard, le bruxellois, le namurois, le liégeois, le gaumais, le francique ripuaire.

La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires fut adoptée en 1992 (Conseil de l’Europe) pour protéger et pour favoriser les langues régionales et les langues des minorités en Europe. Finalement, fin janvier l’Assemblée Nationale en France a adopté le texte visant à ratifier la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Déjà certains crient au scandale et considèrent cette brèche régionale comme une véritable menace pour la République. Après la question des religions, celles des langues sont tout aussi sensibles !

Lire l'article : Les dangers de la charte des langues régionales

La Belgique, quant à elle, n’a toujours pas signé cette Charte tant la question des langues minoritaires est un sujet douloureux ! Mais Tintin se pose moins de questions puisqu’il s’est mis à parler les patois, les dialectes et les autres variétés linguistiques.

Du catalan au... saintongeais

Les premières traductions du genre furent le catalan et le basque, en Espagne ; le breton et l'occitan, en France. S'ajoutèrent, le frison, le bernois, le féroïen, l'asturien... et plus près de nous, l'alsacien, le corse, le gaumais (lorrain), le gallo, le picard... (source Casterman).

Pour ceux qui souhaitent découvrir une liste assez exhaustive des Aventures de Tintin en langues régionales, nous vous invitons à découvrir les pages dédiées à ce sujet sur le site de Casterman.

Le Secret de La Licorne en Catalan - L'ïle Noire en Saintongeais

Tintin en langues régionales : http://bd.casterman.com

Notamment : alguérois (dialecte sarde, proche du catalan), twents (dialecte des Pays-Bas), frison, créole réunionnais, bernois (Bärndütsch)

Depuis peu, Tintin parle le saintongeais, une langue romane qui fait partie de la famille des langues d’oïl. Le saintongeais est autrement appelé le charentais ou le patois charentais(Charente-Maritime)

Relire l’actualité de tintin.com sur cette sortie : Nouvel album de Tintin en saintongeais

Voir aussi le reportage de France3 : Tintin traduit en saintongeais

C’est L’Île Noire qui a été traduite en saintongeais (L'ILÂTE NÈGUE).

Tintin en québécois ou en joual a fait beaucoup jaser (a fait couler beaucoup d’encre). Une majorité de Québécois se sont sentis blessés par cette parution insolite comme si « (…) la majorité des Québécois n’est pas capable de comprendre la version originale en français? ».

Il est déjà difficile pour les Québécois de défendre une langue comme le français sur le continent nord américain, et donc pour eux, il ne fallait pas venir en rajouter avec le joual !

Lire l'article : Tintin en joual…Ça fait jaser!

Le sujet peut donc parfois fâcher, même si cela part d’une bonne intention. Une autre adaptation récente était celle de Tintin en wolof ou ouolof, langue parlée au Sénégal !

Relire l’actualité de tintin.com sur cette sortie : Tintin en Wolof

Au total, on compte plus d’une cinquantaine de traductions dites « régionales » pour les Aventures de Tintin. Avec cette tendance, Les Aventures de Tintin prennent un tournant « glocal ». Le phénomène mondial de Tintin serait aussi un monde local ! Il faut peut-être y voir le signe d’une volonté d’utiliser la BD pour sensibiliser le public sur la question des langues régionales et leur transmission à des générations futures.

Plusieurs articles de presses sont parus récemment sur le sujet :

Tintin, Astérix, Le Petit Nicolas : les langues régionales s'épanouissent en BD

Les Aventures de Tintin traduites dans plus de 100 langues

Tintin, le héros de BD qui parle plus de 100 langues

Tintin, le héros qui parle plus de 100 langues

Le 8 mars prochain, ceux qui veulent se mettre au bruxellois et relire Le Sceptre d’Ottokar, peuvent suivre un cours à La Fleur en Papier doré. Cet estaminet, fréquenté par les surréalistes belges et les membres du groupe Cobra, était aussi aimé d’Hergé qui venait boire un « pot ». On y voit d’ailleurs une photo du boss des Studios accoudé au bar !

... Et pour terminer en beauté, nous vous proposons un dialogue extrait de l’album Lès Pindants dèl Castafiore (Les Bijoux de la Castafiore en wallon d’Ottignies Louvain-la-Neuve durant l’année 2006).

Haddock : Ah ! À ç’t –eûre l’apéro : èl grand ér, ça done swè ! Dès bounès nouvèles, Tintin ?

Tintin : Tchang mè scrît d’Londes, tout li va bén èt i vos fét dès complumints.

Vos contributions (4) Contribuer
snowbirds10vendredi 14 mars 2014 à 17:42
Évidemment, le court segment portant sur "Tintin en québécois" m'a particulièrement intéressé.

D'ailleurs, parler français en québécois, en suisse ou en belge est, selon moi, pareil. En effet, je pars du principe que c'est uniquement la manière de parler le français qui nous distingue les uns des autres. Donc, cette manière de parler ou ce langage, proprement dit, ajoute à la langue ou au dialecte d'un peuple une très belle "variante" régionale ou nationale du français.

Dans l'édition québécoise de "Coke en stock" ("Colocs en stock"), on s'est réservé au Québec des allusions et des expressions qui nous sont propres. Selon moi, l'objectif d'une telle édition n'était que de séduire le Québec, sans plus. Ça réussi? Je ne sais pas... enfin, je ne crois pas. Personnellement, j'ai eu l'impression que l'on altérait l'oeuvre du Maître. Certains, prétendant que l'aventure de Tintin était présentée dans un "français quelconque", ont préféré tout simplement huer pareille réalisation. Bien sûr, les autres ont applaudi.

Mais, disons que cette adaptation québécoise de "Coke en stock" n'a laissé personne indifférent. Et moi, pour avoir compris que l'on avait quand même osé faire une adaptation "à la québécoise" d'un des albums de Tintin, je dirais malgré tout à son concepteur : BRAVO pour avoir osé et pour avoir mené à terme ce projet!
boumjeudi 13 mars 2014 à 17:51
Un album Tintin en farsi vendu aux enchères pour 4200 euros.

Hier soir, lors d’une vente aux enchères, une édition iranienne de l’album Tintin ‘On a Marché sur la Lune’ en farsi a rapporté 4200 euros. La vente était organisée par la maison d’enchères en ligne Catawiki (www.catawiki.fr).

Cet album Tintin est exceptionnel, car la quasi-totalité des publications occidentales, y-compris les albums Tintin, a été massivement détruite lors de la révolution islamique de 1979 en Iran, menée par l'ayatollah Khomeiny. Cet album fait partie des rares survivants de cette destruction.
+1
boumjeudi 13 mars 2014 à 17:48
merci bianca…au moins un lecteur ou une lectrice qui s'agite un peu!
+1
biancacastafmercredi 12 mars 2014 à 19:11
Bon article, merci! :)
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