Tintin et les Picaros

Histoire

Dernier album achevé du maître dont l'écriture et la mise en forme auront pris plus de dix ans. L'attente pour le lecteur se fait de plus en plus longue entre chaque nouvelle aventure ! Sombre histoire de vengeance avec prise d'otages sur fond de guérilla, Tintin et les Picaros (1976) marque le retour de Tintin au San Theodoros, le pays de l'Oreille Cassée. Hergé y risque un constat doux amer, tendant à faire croire que tout en ce monde n'est que mascarade.

Haddock, renonçant au whisky (grâce à une invention de Tournesol !) ; Nestor espionnant aux portes ; Milou supplanté par le chat de Moulinsart ; Séraphin Lampion jouant un rôle positif ; Alcazar ridiculisé par son épouse, une virago de la pire espèce : l'évolution du monde de Tintin est plus révolutionnaire que l'abandon des pantalons de golf pour les jeans !

Pas de référence pilaire dans le titre de l'album

Au départ l'album devait s'appeler Los Bigotoudos puis Tintin et les Bigotoudos, le mot Bigotoudos renvoyant à Bigotudo qui signifie moustachu en espagnol.

" Tintin et les Bigotudos " - Détail extrait du crayonné d'une planche publiée dans le " Journal Tintin " du 28 octobre 1975 - Mine de plomb sur papier à dessin 365 x 550 mm (image entière) - Coll. Studios Hergé
" Tintin et les Bigotudos " - Strips extraits du crayonné d'une planche publiée dans le " Journal Tintin " du 7 octobre 1975 - Coll. Studios Hergé
" Tintin et les Bigotudos " - Détail extrait du crayonné d'une planche publiée dans le " Journal Tintin " du 7 octobre 1975 - Coll. Studios Hergé
" Tintin et les Bigotudos " - Croquis d'attitude pour la dernière case d'une planche publiée dans le " Journal Tintin" du 23 septembre 1975 - Coll. Studios Hergé

La première vignette

Hergé avait imaginé au départ un paysage estival pour la première vignette de l'album avec la floraison des arbres. Mais il a pu compter sur la vigileance des coloristes qui ont relevé une erreur d'espace temps vu que l'action était censée se dérouler en février, carnaval oblige ! Errare humanum est mais elle fut corrigée !

Une histoire de pantalon

Pour la première fois, Tintin quitte ses éternels et emblématiques pantalons de golf pour enfiler des jeans marrons évasés. Dans les années 70, comme le disait Hergé, tout fout le camp ! Beaucoup de lecteurs reprocheront à Hergé ce changement d'apparence !

Un sigle qui en dit long

Tintin apparaît avec une marque de reconnaissance - le sigle « peace and love » sur son casque (signe de reconnaissance dans les années 60 repris par les hippies et symbolisant la paix) ! Surprenant pour un personnage taxé de conservatisme, mais Tintin est-il si conservateur que cela ?

Et de toute façon, les esprits évoluent ! Ce sigle a été inventé par le graphiste britannique Gerald Holtom lors d'une manifestation en 1958 contre une usine d'armements nucléaires.

Poison

Décidément cet album est celui du changement. Le Capitaine HADDOCK ne supporte plus le whisky et, contre son gré, perd sa sympathique intempérance. Les insultes qui ont contribué à sa légende se sont raréfiées singulièrement.

Archibald : ridicule

Il faut attendre le 23e album pour connaître le prénom du Capitaine « Archibald » à l'occasion d'un dialogue quelque peu surréaliste où Tintin rappelle au Capitaine commotionné son nom et prénom.

Hergé avait établi une liste de 17 prénoms parmi lesquels il a préféré Archibald à Marmaduke - comme on peut le voir au Musée Hergé !

Nestor nobody is perfect

L'immuable NESTOR révèle des faiblesses. Sans doute par mimétisme, il s'adonne à la boisson. Indiscret, il écoute aux portes. Surpris par le Capitaine, son embarras n'en est que plus accablant. Sur cette image indigne de son passé, Nestor quitte la scène (il reviendra sous forme de croquis dans L'Alph Art).

Pourquoi lui faire rater sa sortie ?

Chien-chat

Milou aurait-il perdu le statut de préféré ? Milou est-il détrôné dans l'affection de son maître par le chat du château ? Il n'a cependant pas perdu son penchant pour l'alcool et l'ivresse.

Tintin chez les Mayas - un temple maya ou pyramide paztèque ?

Tintin n'a pas été au Mexique mais pour dessiner sa pyramide « paztèque », dans Tintin et les Picaros, Hergé s'inspire d'une pyramide maya se trouvant au Yucatan dans le Sud du Mexique. Cette pyramide est autrement nommée le Castillo de Kukulcan qui domine de ses 30 mètres de hauteur le vaste site de Chichen Itza.

Bien que la dernière aventure achevée des Aventures de Tintin se déroule dans un état imaginaire de l'Amérique du Sud - le San Theodoros - , Hergé n'hésite pas à mélanger les genres et de faire des sauts dans l'espace pour reconstituer un univers homogène d'inspiration latino-américaine à partir d'éléments hétéroclites.

Carnaval - un peu de tout

Hergé imagine un groupe folklorique imaginaire, les " Joyeux Turlurons ". Hergé avait dans ses archives plusieurs documents rangés sous " Cortèges Carnaval " dont les célèbres Gilles de Binche sur lesquels il s'est très partiellement basé pour les Turlurons. Il faut y voir aussi l'influence des Blancs Moussis, de Stavelot, et les Chinels de Fosses-la-Ville, trois localités belges.

Coïncidence ou heureux hasard, Castro profite aussi des fêtes du Carnaval pour l'attaque la caserne de la Moncada en vue de renverser le dictateur Batista, le 26 juillet 1953. Petit détail amusant : depuis 1991 existe une société des Turlurons, à Louvain-la-Neuve, la ville qui accueille le Musée Hergé !

Apparition d'un gaulois et d'autres célébrités

Des personnes déguisées en Astérix (Goscinny et Uderzo lui renverront l'ascenseur dans Astérix chez les Belges avec une apparition des Dupondt), Snoopy, Donald Duck et Mickey Mouse apparaissent dans les planches 54, 59 et 60.

Vos contributions (16) Contribuer
jacqueshervedimanche 9 juillet 2017 à 10:47
Bien dommage que l'album ne soit pas paru en 1979. On aurait certainement vu parmi les carnavaliers Goldorak ou Candy Candy ! Et bien dommage de ne pas avoir mis parmi les turlurons Mr Chicklets. On aurait imaginé que ce dernier aurait tenté à conditionner le général Alcazar contre Tintin ....mais en vain contrairement à ce qui s'était passé dans l'oreille cassée.
hubertvanhdimanche 8 janvier 2017 à 12:54
Case de l'arrivée de l'autocar des Turlurons-revolutionnaires on voit Astérix et... en bas à gauche un clin d'œil d'Hergé un déguisement du Lotus bleu...
jacqueshervelundi 28 mars 2016 à 00:31
Comparer Sprbodj dans le sceptre d'Ottokar et le Général Tapioca. Ne remarquez vous pas une ressemblance ?
+1
nicnollundi 29 février 2016 à 15:49
On peut se demander quelle raison a déterminé Hergé a choisir la période du "Carnaval" pour situer sa dernière aventure achevée ... Entendons une raison consciente (faciliter le dénouement du conflit Alcazar/Tapioca par le biais de l'intrusion des "Turlurons" qui en détermineront la "résolution") mais aussi une raison inconsciente, par delà ladite intrusion des "Turlurons (Alcazar ne s'exclame-t-il pas significativement : "Ces Turlurons, caramba ! le ciel nous les a envoyé ! ..." TEP, 54-I-1 - ?) ... inhérente à la symbolique même du Carnaval ... Le fait qu'Hergé ait préalablement composé sa toute première case, montrant un paysage d'été en pleine saison carnavalesque me paraît à cet égard relever d'un "acte manqué" ...

Le mot "Carnaval" nous vient d’Italie mais a conservé son étymologie latine : « carnis levare », soit, « enlever, ôter la viande, la chair ». Son rite relève d'une récupération par le christianisme, qui l’a mué en une ultime "fête" avant le jeûne de quarante jours du Carême, de très anciens cultes dont les « Lupercales romaines » et les « Saturnales », fêtes païennes exprimant respectivement l'intrusion du monde sauvage dans le monde civilisé, celle du désordre dans la vie réglée, celle du monde des morts dans celui des vivants ET les très anciens sacrifices humains pratiqué par les Pélasges, un des peuples les plus anciennement installés dans le Latium en des immolations dédiées au "dieu" Saturne.

De ces tragiques traditions, "Tintin et les Picaros" - c’est en cela, notamment, que réside sa valeur - ne témoigne plus que d’une dérisoire et grossière caricature !!! Car, de quoi est-il question dans son dénouement ? De la "Révolution" par laquelle Alcazar entend reprendre (une fois de plus !) le "Pouvoir" à son éternel rival, Tapioca ... Du moment qu’elle ait pour cadre le Carnaval à la "sauce" moderne, elle n’offre plus qu’une lointaine analogie avec ces "fêtes" antiques au cours desquelles des hommes étaient immolés. C'est qu’en l’occurrence, la condition posée par Tintin de son aide (et, en tout premier lieu, le dessoûlement des Picaros le temps que s'accomplisse la reprise du "Pouvoir") implique l'interdiction que la moindre goutte de sang soit répandue … pas même celui de Tapioca, en dépit de ses objurgations ("de grâce ne me faites pas grâce !" - TEP, 57-II-2 -) et les "insistances" de son "aide de camp", le colonel Alvarez, qui, conformément aux "traditions" San-Théodoriennes, s'est empressé de "tourner casaque" (à cet égard, Sponsz, s’il semble pareillement "confondu", apparait d’une toute autre trempe que ces "officiers" d’opérette) !!!

Nous connaissions, depuis "L’Oreille cassée", pareille connivence entre "politique" et chienlit pseudo "révolutionnaire" aux accents carnavalesques … jusque dans l’abus d’aguardiente par l’abstinent Tintin (OC, 21-II-3) auquel il doit à la fois son salut et le fait d’avoir été "bombardé" colonel-aide de camp … après avoir été promené en triomphe (OC, p. 22) !!! Du moins le dramatisme formant la trame de l’album s’accentuait encore durant "l’expérience" politico-militaire de Tintin jusqu’à en faire un des plus noirs d’Hergé, Sang et Mort se côtoyant … La seule effusion de liquide qui, cette fois, sera assurément répandu par barriques entières durant le "Carnaval de Tapioquapolis", c'est le Loch Lomond :

"Même si le héros interdit provisoirement aux Arumbayas et Picaros de se soûler, il ne peut ignorer l'alternative : le sang ou le whisky, le sacrifice ou la dépense ostentatoire, qui est la forme contemporaine que prend le sacrifice, dans une société fondée sur l'économie monétaire" (Jean-Marie Apostolidès).

Nous retrouvons à nouveau le ton "doux-amer" du Hergé de la dernière manière (celle, tellement incomprise et qu’on lui a tellement reprochée) mais cette fois, ponctué par un ricanement sardonique : point d'effusion de sang (donc, de son corollaire, l'HEROÏSME qui, en quelque sorte, "justifie" et "rachète" le sang versé) ... mais effluves de whisky au sein d'une chienlit (vocable qui, soit dit en passant, se rapporte en son sens populaire aux masques parcourant les rues au temps du Carnaval) qui ne craint point cependant de s'autoproclamer "révolution" au son des cris et "musiqueries" discordantes du "mardi-gras" avec les "guérilleros" costumés en "Turlurons" de Lampion à l’avant-centre … Que coûte désormais le Monde … RIEN !!! Et il ne vaut assurément plus que l’on se sacrifie pour lui !!!

"Ce faisant, il (Tintin) établit l’identité entre révolution et carnaval, l’une et l’autre ne se distinguant maintenant que par la quantité de whisky absorbé. Cette équivalence en entraîne une autre : Alcazar et Tapioca sont non seulement deux figures jumelles mais elles se placent en miroir avec la figure du roi du Carnaval. Leur sceptre est son sceptre : un immense cigare qu’ils brandissent pour affirmer leur puissance. Alors que celui d’Ottokar était en or, le sceptre d’Alcazar est en feuilles de tabac et il se consume aussi rapidement que le pouvoir qu’il représente. Tandis que le sceptre s’envole en fumée, la structure de l’univers vieilli se liquéfie dans l’alcool : cigares et whisky sont les emblèmes fondamentaux de l’univers Lampion. Alors que ceux de la monarchie syldave étaient uniques, ceux-ci sont multiples et accessibles à la masse ; les premiers étaient fondés sur le qualitatif, les seconds, qui se renouvèlent sans cesse, sur le quantitatif. Ils permettent une constante transformation du monde en même temps qu’ils disent son inéluctable dégradation. Si l’univers politique et social ne cesse maintenant de se métamorphoser, à l’inverse l’univers privé de Tintin tâche de conserver sa stabilité, de se durcir dans une image héroïque." (Jean-Marie Apostolidès).

Soit, toute la distance entre l’authentique Pouvoir personnifié par la Monarchie exercé par un monarque (aux antipodes de son Inversion "constitutionnelle") et la prétendue "démocratie". Qui, s’il a présent à l’esprit cette évidence amère que dégage "Tintin et les Picaros", pourra encore prétendre que le dernier album achevé d’Hergé est un échec … ?!!! Et ce que nous connaissons de "Tintin et l’Alph-Art" aurait encore accentué cette dénonciation sans ambages du Monde "moderne" ... NOTRE Monde, d'où l'authentique Lumière a disparu, chassée par les pseudo "Lumières" du siècle du même nom !!!
nicnolmardi 2 février 2016 à 13:43
Autre album encore plus injustement décrié que "Vol 714 pour Sydney" ... bien que partageant avec "Coke en Stock" le statut "d’aventure bilan" (comme dans ce dernier, plusieurs personnages du passé sont réintroduits), "Tintin et les Picaros" continue et accentue sur un mode encore plus "doux-amer" (et cette fois, carrément "amer") la dénonciation par Hergé du monde "moderne" que, 40 ans après la parution de l’album, NOUS avons désormais sous les yeux !!! A preuve, le fait, symbolique en soi, que l’auteur troque les éternels pantalons de golf de Tintin pour des jeans (innovation qui a "choqué" les puristes) pour le situer désormais dans le "moderne", le dote d’une motocyclette (avec panier arrière pour Milou) et l’affuble d’un casque frappé du symbole "Peace and Love", logo du pacifisme et de la non-violence … comme si Tintin avait, un temps, partagé le pseudo idéal des tout aussi pseudos "pacifistes" hippies (TEP, 1-II-1, 2 et 3) !!! Ce désenchantement, non pas de "Tintin" mais de l’époque où débutent "les Picaros", s’exprime dans le fait, anodin en soi, que le dernier album achevé de Tintin commence sur un paysage hivernal, même si l’accomplissement de l’intrigue (le Carnaval de Tapiocapolis) impliquait forcément la présentation des abords de Moulinsart dépourvu de végétation sous un ciel couleur de plomb (TEP, 1-I et II-1) …

A l’espace public, ses tumultes et ses fausses "valeurs", Tintin préfère de beaucoup l’espace privé qu’il s’est créé à Moulinsart … dût-il essuyer les véhéments reproches du capitaine : "Eh bien, restez ici à vous dorloter , les pieds bien au chaud dans vos pantoufles" (TEP, 11-II-1) … Attitude" incompréhensible" et que les critiques et une bonne part du public ont véhémentement reprochée à Hergé, ne comprenant pas que, aucune idéologie, aucune politique ne valant qu’on se détruise pour elles, désormais, reflétant la pensée de son créateur, Tintin est pour Tintin sous n’importe quel régime et en n’importe quel lieu !!! Dès lors, qu’importent le San Theodoros et la Bordurie, Tapioca et Plekszy-Gladz, Alcazar, les Picaros et "l’International Banana Company" (cette puissance commerciale et financière), le whisky "Loch Lomond" envahissant jusque dans l’intimité de l’espace privé sous les espèces de la "Pub" (ainsi, en TEP, 8-II-3), cette apocope du vocable "publicité" devenue, dans la déliquescence de la langue, un synonyme à part entière, et tout le Saint-frusquin des tumultes du Monde … pour Tintin, "fils" d’Hergé, pressentant le piège qui est tendu (TEP, 11-I-1 et 3), la SEULE chose qui compte c’est ce qui profite uniquement à Tintin et à l’univers privé de Moulinsart !!!

Comment ne pas lui donner raison, à la lecture de la suite de l’album !!! Car, par delà Lampion qui, ayant raté le contrat des bijoux de la Castafiore, trouve encore le moyen d’enquiquiner le capitaine (TEP, 3-I-2 et 3), par delà une énième invasion de Moulinsart par la presse, ameutée par le faux bruit de l’implication du trio dans la pseudo conspiration impliquant la diva (une "histoire à la graisse de trombone à coulisse" selon le mot du capitaine - TEP, 6-II-2 -), incarnée (comment s’en étonner !) par Jean-Loup de la Batellerie et Walter Rizotto de Paris-Flash exhibant en fait "d’info" (autre apocope qui fait fortune !) un journal intitulé significativement "La Vérité" (!) et précédant un envoyé de La Dépêche, un autre de Radio-Centre, un autre encore de Radio-Eclair … jusqu’au photographe du Tempo di Roma en TEP, 6,-III-1), qu’est-ce qui attend les … "conjurés d’opéra-comique" ou "de Moulinsart" (c’est selon, en langage tapioquiste - TEP, 8-III-3 – 11-II-4 -) ainsi que le postillonne le général Tapioca à la face de l’espace public mondial ? Hormis le péril mortel fomenté par le colonel Sponsz, la découverte (s’ils ne le savaient déjà pas !) de ce que des "civilisés" ont fait de "sauvages", en l’occurrence, les Arumbayas, saoulés de whisky, ainsi que le constatera Tournesol (TEP, 32-III-3), de singes qui ont eux-mêmes sombré dans l’ivrognerie (TEP, 30-IV-2) … d’une Forêt "Vierge" devenue à ce point une "poubelle-cible" qu’on ne saurait s’étonner qu’outre les parachutages de whisky vienne y aboutir "l’univers Lampion" (dixit Jean-Marie Apostolidès) sous les espèces des "Joyeux Turlurons", cet ultime faire-valoir social du vendeur d’assurances et qui, significativement, s’est fait inviter au Carnaval de Tapiocapolis… Autant de faits participant à la démonstration hergéenne de la décomposition du Monde par la "civilisation" au nom d’un soi-disant "Progrès" !!!

Métaphore de l’or, mais d’un or dégradé, corrupteur, arrosant le monde entier, le whisky "Loch Lomond", omniprésent, "unifie" l’espace public, accomplissant les mêmes effets abrutissants que la drogue contenue dans les "Cigares du Pharaon" !!! Et s’il paraît "unifier", il ne s’agit que d’une pseudo fraternité, d’une fraternité de pacotille : celle d’une masse d’êtres vivants désormais amorphes. Son seul effet comique (le seul d’ailleurs de tout l’album !)… ? Le fait que le capitaine, à une exception près (TEP, 2-II-3), traverse toute l’aventure des "Picaros" sans absorber une goutte d’alcool (il le recrache à pas moins de six reprises - TEP, 1-I-3 – 3-II-4b – 7-II-3b – 16-I-4 – 16-II-4b – 23-II-3b -) de par la "grâce" de Tournesol qui, ne craignant pas "l’atteinte intolérable à la liberté individuelle" (TEP, 42-II-1), l’a pris comme cobaye pour tester, son "Stopalcool" (l’explication qu’il en donne en p. 42 représente la dernière manifestation dans l’œuvre d’Hergé d’une colère tournesolienne !) !!! Ces scènes de recrachement systématique de l’alcool lors que d’autres s’en gobergent jusqu’à plus soif (les Picaros d’abord - TEP, 39-III - avant leur "nécessaire guérison" -, les Turlurons ensuite, au cours de la fiesta ménagée par Alcazar sur les conseils de Tintin - TEP, 53-I - symbolisent au mieux la séparation du monde de Moulinsart d’avec l’univers Lampion, de l’espace privé et du public !!! Toutefois, loin d’avoir le même retentissement mondial que l’agent neutralisant le N14 dans "L’Or noir", le "Stopalcool" n’intervient que pour assurer la "révolution" d’Alcazar à SEULE fin de permettre la libération les prisonniers de Sponsz et ramener le trio à Moulinsart … lors que Lampion et ses pareils sont décorés de "l’ordre de San Fernando" (on sait ce que Napoléon pensait de ces "hochets qui gouvernent les hommes" !) !!! Et s’il guérit (pour combien de temps ?) les Arumbayas, on pressent le destin qui attend ces derniers : promus à perdre leur culture en devenant les esclaves de la société d’abondance, ne doutons pas qu’ils viendront, quelque jour, échouer dans les favelas crasseuses de "Tapiocapolis" (l’ex "Las Dopicos") rebaptisée "Alcazaropolis") gorgées des déchets de la société de "consommation" et confiées à la bonne garde de la flicaille et de la soldatesque "alcazariste" après l’avoir été de la "tapioquiste" telle que le signifie, la mise en miroir des deux cases fondamentales TEP, 11-III-2 et 62-IV-2, d’un réalisme à ce point cru et contrastant avec le centre-ville "occidentalisé" qu’exprimant un "rien ne saurait changer sous le soleil", qu’il soit "de droite" ou "de gauche", il a été maintes fois souligné (et stigmatisé) par les "critiques" de l’album …

Le "doux-amer" du dernier Hergé (tout particulièrement avec "Tintin et les Picaros") paraît analogique avec le désenchantement de la série des "Gendarmes" en son dernier avatar, "Le Gendarme et les Gendarmettes" !!! On sent, à "l’esprit" du premier et à "l’ambiance" du second (significativement, au début du film, le thème musical des "Gendarmes" en forme "d’hymne" figure comme une tentative de relancer la fraîcheur originelle) un changement d‘époque : celle séparant radicalement les fameuses "Trente Glorieuses" de l’ère de cette "Crise", endémique depuis 1973 et le "premier choc pétrolier", et dont l’humanité ne parvient pas à sortir attendu qu’elle se situe à l’orée de la Fin d’une civilisation …
jacqueshervelundi 15 juin 2015 à 12:59
Un album qui fut sévèrement critiqué à sa sortie les raisons étant le port du jean par Tintin et le fait que nos héros ne soient pas tentés par l'aventure (la fin amère à bord de l'avion du retour met bien en avant cela).

Si on prend plaisir de retrouver Alcazar, on est déçu par le retour de Pablo qui choisit de trahir nos amis dont Tintin qu'il avait sauvé d'une mise à mort dans l'Oreille Cassée.

Cependant, on n'est pas déçu de Ridgewell et ni des Arumbayas.

Reste à savoir comment le récit aurait évolué si Mr Chicklets avait fait une apparition dans ce récit par exemple parmi les Turlurons. N'aurait-il pas encore monté la tête du Général Alcazar de nouveau contre Tintin ?

On notera en plus du colonel Esponja Sponsz un autre personnage détestable qui est l'hypocrite Colonel Alvarez qui en se montrant très accueillant participe au complot visant à faire sauter le camion du général Alcazar.
anto229lundi 10 novembre 2014 à 19:59
tres bon album
+2
alcazarsregsjeudi 24 juillet 2014 à 14:55
Ta raison jaquesherve
en plus j ai bien aimer les references de mickey asterix et autres chose
Je dirais meme plus et autres chose
+1
jacqueshervelundi 14 octobre 2013 à 01:01
S'il fallait citer un personnage peu appréciable, ce serait derrière le Colonel Sponsz et le Général Tapioca, le Colonel Alvarez qui renvoie l'image d'un personnage hypocrite.
+1
phyrrahmercredi 14 août 2013 à 10:15
Aussi un excellent album mais qui met fin à l'histoire du plus grand reporter au monde.

Merci Hergé d'avoir écrit tintin
+3
georgeremilundi 29 avril 2013 à 00:08
Un album qui ne devait pas être le dernier, Tintin et alpha art devait sortir malheureusement il ne sera jamais terminé. Pour info à la mort de Hergé il avait spécifié que personne ne devait reprendre les personnages à sa mort. Je trouve cela mieux Hergé c'était lui tintin.
+1
biancacastafsamedi 21 juillet 2012 à 20:36
Excellent album :)
+1
phileajeudi 24 novembre 2011 à 22:40
Quel dommage de n'avoir pas continué la série, c'est une grande frustration pour moi ! en tant que Bédéphile depuis 50 ans, j'ai aprécié que Black et Mortimer, Lucky Luke entre autres continuent leurs aventures avec des dessinateurs et scénaristes de talent ! heureusement que Spielberg était là !!
+3
monty_pythonvendredi 18 novembre 2011 à 23:07
J'adore cet Album! Ca se voit que Hergé c'est inspiré des révolutions Latino-Américaine pour le faire, mais aussi de ses malheureuses dictatures sanglantes, du plan Condor, qui ont commencé dans les années 1970. Tintin fait ici mieux que le Che Guevara (il gagne sans se faire tuer/assassiner), aussi je vois bien le cheval de Troie moderne avec le bus et les déguisements utilisés pour tromper les méchants^^
+1
toutouffelundi 18 janvier 2010 à 06:35
@amalaire,merci mais je ne savais pas qu'il y avait des contributions aussi ici, voilà une nouvelle découverte qui me réjouis, aussi de pouvoir voir un extrait du dessin animé et le quizz surtout.
+2
amalairemercredi 9 décembre 2009 à 15:13
On apprend son prénom dans cette oeuvre sans doute testamentaire, où se concrétise ce rêve qu'on voudrait vrai : une révolution sans bain de sang.
+4
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