Objectif Lune

Histoire

Le Professeur Tournesol invite Tintin et le Capitaine Haddock à le rejoindre en Syldavie où il travaille sur le plus grand projet du siècle : l'envoi d'une fusée sur la Lune. Le défi s'annonce palpitant, d'autant plus qu'au grand effarement du Capitaine, le Professeur leur suggère d'être du voyage !

L'origine du fameux damier rouge et blanc, elle est en liaison directe avec une pratique établie par les ingénieurs de la NASA. Lors d'un tir, ce procédé leur permettait d'observer les basculements de la fusée par rapport à l'axe de la trajectoire et son roulis durant la phase critique du décollage. Tournesol est bien décidé à construire une fusée qui emmènera les premiers êtres humains sur la Lune. Et quels seront ses compagnons de voyage ? Tintin, Haddock et Milou, bien entendu!

Résumé

À peine remis de leurs aventures au Moyen-Orient (Tintin au pays de l'or noir), Tintin, Haddock et Milou sont appelés à Klow (capitale de la Syldavie) par le professeur Tournesol. De mystérieuses recherches sont menées en une zone interdite  -  plus précisément : le Centre de Recherches Atomiques de Sbrodj. Le sol de cette région reculée contient de riches gisements d'uranium, matériau indispensable à la fabrication d'une fusée à propulsion atomique. Le but du gouvernement syldave et des chercheurs autour de Tournesol n'est pas de fabriquer des bombes, mais d'étudier toutes les applications pacifiques de l'énergie atomique.

On comprend pourquoi ces études intéressent des gens mal intentionnés, à la solde d'une puissance étrangère... Mais Tournesol n'en a cure : il est bien décidé à construire une fusée qui emmènera les premiers êtres humains sur la Lune. Et quels seront ses compagnons de voyage ? Tintin, Haddock et Milou, bien entendu !

Un projet mûrement réfléchi et documenté

Selon Bernard Heuvelmans, un des conseillers scientifiques d'Hergé, le projet d'une aventure lunaire remonterait à 1946. Selon Bernard Heuvelmans, un des conseillers scientifiques d'Hergé, le projet d'une aventure lunaire remonterait à 1946. Après la deuxième guerre, le rêve que l'homme puisse s'évader de sa planète natale devient tout doucement le fruit de longs travaux scientifiques qui ouvraient des boulevards à l'imagination d'un créateur comme Hergé ! C'est donc l'actualité du moment qui a de nouveau influencé le choix d'Hergé d'envoyer son héros dans l'espace.

Protype du scaphandre - "Objectif Lune" page 37
"Objectif Lune" page 58
Protype de couchette ergonomique
"Objectif Lune" page 44
Modèle réduit de la fusée spatiale

Il commença à se documenter. C'est ainsi qu'il consulta L'Homme parmi les Étoiles, rédigé par Bernard Heuvelmans. Un autre livre l'avait aussi profondément impressionné : L'Astronautique, du professeur français, Alexandre Ananoff, paru en 1950. Ce dernier l'assistera pour la conception de la célébrissime fusée lunaire. Ce dernier l'assistera pour la conception de la célébrissime fusée lunaire.

Une aventure "Américaine" ?

Bernard Heuvelmans proposa un scénario, écrit en compagnie de Jacques Van Melkebeke, rédacteur en chef des premiers numéros du journal Tintin. Il existe une planche, réalisée à partir du scénario Heuvelmans-Van Melkebeke. Elle fait démarrer la nouvelle aventure de Tintin en Amérique. Hergé n'y donna pas suite. Il retint cependant quelques idées que les spécialistes retrouveront dans la version finale de l'aventure lunaire. Le 30 mars 1950 démarre l'aventure lunaire dans le Journal Tintin !

Une aventure, deux titres, des scènes qui resteront inédites

Le Journal Tintin commence la publication des aventures lunaires sous le titre On a marché sur la Lune. Il s'agit d'un récit en 134 pages, qui seront structurées en 2 albums de 62 pages, Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954). Les lecteurs de Tintin n'ont jamais vu le titre Objectif Lune dans leur journal mais ils ont eu droit à des inédits puisque certaines cases ou certaines planches ont dû être sacrifiées par Hergé pour ne pas dépasser le format des 62 pages exigées pour la publication de l'album. Plusieurs vignettes et plus de 6 pages sont passées à la trappe.

Objectif Lune - Planche supprimée
Objectif Lune - Planche supprimée

Le format de publication dans le journal se devait d'être aussi très différent de celui retenu pour les albums. Comme cela avait été le cas pour Le Temple du Soleil, l'aventure sur la Lune avait été prévue pour une publication sur les deux-tiers supérieurs d'une double page de magazine, le reste étant occupé par des textes explicatifs, une documentation concernant la conquête spatiale. Finalement, cette option ne fut pas retenue et les lecteurs du journal découvrirent l'aventure lunaire dans une présentation des plus classiques.

D'étranges découvertes

Deux couvertures du Journal Tintin (exposées au Musée Hergé) trahissent les hésitations d'Hergé et le stress de la création. Elles présentent des scènes tout à fait farfelues, qui n'ont rien à voir avec la version finale d'On a marché sur la Lune. L'une d'entre elles fait irrésistiblement penser au film de Georges Méliès, Le Voyage dans la Lune (1903), considéré comme l'ancêtre des films à effets spéciaux.

La X-FLR6

Tant dans le roman de Jules Verne que dans les films de Méliès et de Fritz Lang (La Femme sur la Lune, 1928), l'engin capable de transporter des êtres humains vers la Lune était assimilé à un obus. L'ambition d'Hergé était de se référer au nec plus ultra des vaisseaux spatiaux.

C'est vers les modèles dessinés (et en particulier la triste célèbre V2) par le plus grand expert mondial des fusées de l'époque, le docteur Wernher von Braun que se tourne le dessinateur. La X-FLR6 (le premier prototype imaginé par le professeur Tournesol) est lui aussi inspiré d'un modèle de missile conçu par le savant allemand.

Le damier

Quant à l'origine du fameux damier rouge et blanc, elle est en liaison directe avec une pratique établie par les ingénieurs de la NASA. Lors d'un tir, ce procédé leur permettait d'observer les basculements de la fusée par rapport à l'axe de la trajectoire et son roulis durant la phase critique du décollage.

Le premier rouge

Le lecteur attentif et collectionneur de plusieurs éditions pourra remarquer la nuance des tons de la fusée lunaire au fil des éditions. Ainsi, la fusée lunaire, qui d'un rouge orangé plutôt falot, passera ensuite à une teinte beaucoup plus appuyée : une couleur flamboyante pour une aventure pleine de panache !

Les studios Hergé

On a marché sur la Lune est la première production à part entière des Studios Hergé, fondés le 6 avril 1950. Hergé s'était déjà adjoint des collaborateurs, notamment pour la mise en couleur des histoires originellement publiées en noir et blanc. Edgar-Pierre Jacobs l'avait aussi aidé à retravailler les décors de certaines aventures de Tintin (Le Sceptre d'Ottokar, Les 7 Boules de cristal, Le Temple du Soleil  -  dont les crayonnés et études sont exposés au Musée Hergé). Cette fois, les « Studios Hergé » vont fonctionner de manière permanente.

Bob De Moor et Edgar-Pierre Jacobs

Un des premiers employés des Studios est l'Anversois Bob De Moor (1925-1992). Sa première réalisation est l'illustration pleine page découvrant la fusée lunaire. Il ne lui a pas fallu moins d'un mois pour venir à bout de ce véritable piège à perspective et lignes de fuite ! Il y avait eu aussi, au début des années 1930, un « Atelier Hergé », dont les activités étaient tournées principalement vers la publicité.

À l'échelle du réel

Avec l'aventure lunaire, Hergé est pris de ce que certains ont appelé «le vertige documentaire».

Centre de Recherches Atomiques de Sbrodj directement inspiré de celui de Oak Ridge
Tours de montage pour la mise en place d une fusée V2 à White Sands
Les scaphandres lunaires proches de ceux mis au point après la guerre par l US Air force
Hélicoptère de la police secrète syldave est un hélicoptère Hiller type UH4

Un moment de distraction !

La couverture de l'album Objectif Lune est devenue un classique de l'efficacité graphique. Le futur lecteur de l'aventure est littéralement entraîné au cœur de l'image. Un peu comme s'il était installé dans la Jeep CJ 2a, datant de 1946 et repeinte en bleu !

En plus, on se trouve plongé en plein cœur de l'action : pris d'une solide colère, Tournesol fait faire le tour du propriétaire à un capitaine Haddock, plus ronchonneur que jamais. Un moyen humoristique, inventé par Hergé, pour intégrer les éléments pédagogiques, souvent ennuyeux, dans un récit qui ne manque pas de rebondissements.

Cela dit : ne montez pas dans la Jeep... Il lui manque un volant ! Si les caractéristiques et proportions de ce véhicule étaient respectées, un arc de cercle devrait apparaître entre la main de Tournesol et le scaphandre du capitaine. Oubli ? Distraction ? En tout cas, personne n'a relevé ce détail... sauf des lecteurs fouineurs !

Vos contributions (28) Contribuer
jacqueshervedimanche 9 juillet 2017 à 15:34
On notera que les Dupondt auront raté de peu l'arrestation de Frank Wolff, faute de preuves vu que Wolff n'avait plus les documents en main.
marcdusudlundi 16 janvier 2017 à 13:10
Mon 1er album....à un Noël...
Impossible de pouvoir acheter la suite...
14 francs à l époque ...( toute une histoire)...!
Il a fallu attendre..... :-))
nicnolvendredi 22 juillet 2016 à 15:03
Une scène par trop méconnue de l’inusable comique hergéen impliquant les Dupondt : le gag offrant au lecteur une première résurgence des effets "secondaires" du pouvoir détonant du "N 14" sous la forme d'un phénomène de rechute ... Elle précède celle, bien plus connue, des rayons "X" (OL, p. 24) donnant lieu à une "quête" en absurdie, hors de toute raison, aboutissant à "l'arrestation" du squelette chez le"Dr Rotule", spécialiste en ostéologie (OL, 25-IV-1).

Son contexte ... ? L'embuscade tendue par Tintin et Haddock au niveau du "Secteur J - couloir 7 - bouche 3" de l’usine atomique, là où un traître encore inconnu a procédé à la transmission, par la bouche d'aération, des documents secrets relatifs au radioguidage du vol de la fusée d'essai "XFLR6" ... A l'interrogatoire du capitaine et de Wolff (dont l'argumentation ampoulée - si on la compare à la narration précise de Haddock qui, pourtant, a été assommé - s'expliquera plus tard et que Hergé suggère stylistiquement en la rédaction "haletante", émaillée de points de suspension - pas moins de quatorze séries ! -) auquel procède Baxter (sa soudaine présence à ce moment crucial restera inexpliquée) suit celui des Dupondt (ayant surpris le capitaine recevant un message de Tintin par poste émetteur et, comme toujours, soupçonneux de tout à contrario) ...

Cette résurgence, discrète mais d'un savoureux comique, tire tout son "sel" dans le fait qu'elle interrompt une déclaration empreinte de solennité burlesque ...

Écoutons l'échange parlé (OL, 21-IV-1 et 2 a et b) :

Baxter : "Et vous, messieurs, que faisiez-vous ici, à cette heure ? ..."
Dupont : "En toute objectivité, monsieur le directeur, et en mon âme et conscience, je puis vous déclarer ceci ..."

Suivent alors, en guise de ... "déclaration" ... à la stupéfaction de Baxter (ce frigide avatar, dans "Tintin", de l'ingénieur Legrand dans "Jo, Zette et Jocko" et qui, loin d'apprécier ce manque de ... "goût", en fronce aussitôt ses noirs sourcils !), deux sonores (et symétriques) éructations :

"BHOHH" - "BHOHH"

qu'accompagne l'émission de bulles de gaz colorées ... Et ce n'est certes pas l'explication de Dupond ("Je ... Excusez-nous ... C'est ... cela nous arrive de temps en temps : les suites d'une mission en Arabie") qui les fera remonter dans son estime (OL, 22-IV-1 et 2 a et b), d'emblée sérieusement compromise à la suite de leur grotesque "comparution" en "folkloriques" Evzones (OL, 17-IV-3 et 18-I, II et III-1) !!!

Visuellement, la scène est tout aussi comique en ce que, conformément à la gémellité des deux policiers, elle offre, comme déjà dans plusieurs scènes du "Sceptre d'Ottokar" (voir mes commentaires), un effet de symétrie, une vision en miroir des gestes jusque dans la situation des cannes (main gauche pour Dupond - main droite pour Dupont) et l'envol des chapeaux melon (vers la droite pour Dupond - vers la gauche pour Dupont) !!!

Rechute minime ... en attendant la véritable, dans la fusée lunaire, de la page 12 à la page 31, la toison des deux policiers passant alors par toutes les couleurs de l'arc-en ciel ce qui autorisera non seulement la contrepèterie "cirque Hipparque" / "cirque du Parc" censé avoir "besoin de deux clowns", les "Augustes" Dupondt étant réputés faire "parfaitement l'affaire" (OML, 18-III-2) mais aussi le "haddockisme" d’espèce particulièrement savoureux : "espèces de Vercingétorix de carnaval" (OML 20-III-2) ...

Accordons-leur cependant en cette occurrence - le fait mérite d'être noté ! - de la prescience : "Je ne sais pas, mais je trouve que l'attitude de Baxter et de Wolff est louche ..." ... "Je dirais plus pluche, très lousse ! ..." (OL, 22-I-2) ... Prescience qui se confirmera s'agissant de Wolff ...
+1
HSHSHSmardi 23 février 2016 à 18:38
I am TinTin myself I meant I was during me being a little kid so up with him ,,
+1
jacqueshervejeudi 7 janvier 2016 à 23:47
Mais non.Tournesol n'est pas fou mais amnésique. Heureusement il y a la capitaine Haddock ! On appréciera Frank Wolff malgré sa trahison. Notons p 52 qu'il aura très bien agi face à la décision de Jorgen Boris !
+1
nicnolmardi 19 mai 2015 à 08:46
@jacquesherve : ne pas oublier la mini colère de Tryphon dans "Tintin et les Picaros" que déclenche la confusion de la sonorité du pronom "Vous" (TEP, 51-IV-3) deux fois émis sous forme affirmative (Haddock) et interrogative (Tintin) mais identifié, en tant que "fou", comme un manque de respect et enclenchant, en p. 52, un énième malentendu auditif : la sonorité, dans les mots "professeur" et "farceur", du suffixe "EUR", renforçant l’accent tonique, et dès lors perçus comme "soeur" par son oreille défaillante !!! A ce nouvel emportement tournesolien répond l'ire du capitaine quand il apprend comment Tournesol, "prenant soin" de sa "santé" (!), s'est permis une "atteinte intolérable à la liberté individuelle" (TEP, 52-III-1) en lui faisant ingurgiter secrètement son fameux "Stopalcool" (le nom du médicament - savoureux ! - apparaîtra dans les esquisses du script de "L'Alph Art") !!! A nouveau, la barbiche et les cheveux de Tournesol se hérissent ainsi que (pour la première et unique fois), la base de la barbe du capitaine (TEP, 52-II-3 et III-1) !!! Ce gag nous permet d'apprendre UN détail de sa situation familiale du professeur : il n'a "jamais eu de soeur" (TEP, 52-IV-2) ... Tenons-le nous pour dit !!!

Je rappelle aussi la regrettable omission, dans la version définitive de "Les 7 Boules de cristal" de ce qui constitue la toute première manifestation d'humeur du professeur que l'on trouve dans le strip de la version originale, le 18 mars 1944 ...

S'agissant de la seconde TRES GROSSE colère dans "Vol 714 pour Sydney" ... surpassant celle d'Objectif Lune en ce que c'est la SEULE fois où l'on voit Tournesol recourir à la voie de fait (VPS, 49-III et IV), même si elle a pour origine une énième confusion aphasique, j'avoue être RAVI "d'entendre" ce SALAUD de Carreidas s'en prendre PLEIN LA GUEULE : "PIF - BAF - POF - FLAP - VLOP" que suivent "VLAF - PAF - POF", le tout constellé de GROSSES étoiles rouges, de petites noires et sonorisé par un "HARGN" exprimant éloquemment - c'est le moins que l'on puisse dire ! - la certitude que Tryphon, littéralement fou de RAGE, "exterminerait" Carreidas s'il n'était pas maîtrisé - et avec quelle difficulté ! - par Tintin et Haddock !!! En l'occurrence, il démontre que, de fait, en "athlète complet" (cfr, "l'insulte" que lui décoche Haddock - TRR, 52-III-4 -), il a pratiqué "tous les sports" ... "sans oublier les sports de combat : la lutte, la boxe anglaise et la boxe française, c'est-à-dire la savate" (TEP, 7-I-1 et 2) !!! Carreidas aurait été bien avisé de s'en souvenir ... qui se payait le portrait du professeur après sa "démonstration" totalement manquée du "coup de pied de figure", sa "grande spécialité" (TEP, 7-II-1,2, 3a,b,c) ...

Combien regrettable qu'une pareille rossée ne se produise jamais dans la vie réelle .. aux dépens de quelque "Carreidas" du FMI, de la BCE ou de la "Commission européenne" ...

Signalons deux signes annonciateurs à l'orée de "Vol 714 pour Sydney", démontrant que Tournesol, décidément, n'est plus l'inoffensif "bricoleur" du genre "Concours Lépine" du "Trésor de Rackham le Rouge" :

1° la mini colère à l'aéroport de Djakarta (VPS, 1-IV-3 et 2-I-1 et 2) , résultant d'une énième (et savoureuse !) confusion auditive, source d'un tel quiproquo que l'exclamation "mille millions de mille sabords" est réceptionnée par l'oreille tournesolienne en tant que "Chandernagor", ville du Bengale occidental ... Colère qu'annonce un froncement de sourcil adressé à Tintin en 1-III-1 et se manifestant physiquement par un "retroussement" de barbiche prolongé jusque 2-IV-1 ...
2° à la suite de l'échec (c'est le moins que l'on puisse dire !) de la démonstration du "coup de pied de figure" (VPS, 7-II-2 et 3, a-b-c), quand Haddock émet le mot "fétiche" : "zouave" - VPS, 7-III-1 - ... Tournesol fronce les sourcils - "Plait-il ? ..." - et sa barbiche se retrousse à nouveau ...

Toutefois, dans les deux cas, la couronne de cheveux demeure ... "normale" ... "inerte" ... On peut donc estimer qu'outre le foncement de sourcil, le double hérissement des cheveux et de la barbiche est nécessaire pour que ... "TILT"... çà parte ... Alors, "garez-vous" ... "aux abris" !!!
+2
jacqueshervemardi 5 mai 2015 à 11:29
Hergé affine ici le portrait du Professeur Tournesol qui pique ici sa plus grande colère avec le récurrent mot "Zouave". Mais le professeur aura l'occasion de piquer quelques brèves colères dans "On a marché sur la Lune" et aussi dans "Les Bijoux de la Castafiore" avec Tintin faute de comprendre ce qui se passe lorsque la TV arrive pour tourner à Moulinsart et dans "Vol 714 pour Sydney" avec le Capitaine Haddock pour avoir mal compris la destination avant de repartir pour Sydney et vis à vis de Monsieur Carreidas. Notons qu'en couverture la roue arrière gauche décolle du sol.
tintin012345vendredi 19 décembre 2014 à 17:45
Trop bien!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
nico87samedi 1 novembre 2014 à 08:11
Tournesol est fou.
nicnoljeudi 10 juillet 2014 à 15:08
« Aaah ! je fais le zouave ! » … Une GENIALE catharsis d’Hergé !!!

Quintessence de l’INSULTE suprême pour Tournesol, le vocable « zouave » ("faire le pitre, le guignol ; perdre son temps" - Petit Robert), retentissant en 30 occurrences entre les pages 39 à 45 (et en la chute finale p. 49) constitue le fil rouge d’une effervescence narrative et discursive. Car la colère de Tournesol, si elle a pour cause le fait que puisse être mis en doute le sérieux de son travail et son génie créateur (combien significatif est le silence observé par Tintin durant la durée de cette rage homérique !) signifie dès lors une magistrale mise des points sur les « i ». Remarquons que cette ire tournesolienne est la première du genre, à ce point tonitruante que l’on peut se demander si elle ne reflète pas la blessure secrète de la somme des "humiliations" ressenties depuis le "Trésor de Rackham Le Rouge".

Elle est bienvenue à un autre niveau : l’occasion pour le narrateur Hergé, après trois laïus d’espèce "scientifique" (la "visite de l’usine", la présentation et le vol de la XFLR 6) dont la rigueur et l’austérité sont à chaque fois distraits par les réflexions, attitudes et gamineries d’Haddock, d’initier le lecteur à cette fusée lunaire en état de quasi achèvement par une énumération de détails prouvant le "sérieux" du professeur-« zouave ». Elle DYNAMISE la description de la fusée (narrativement nécessaire) de même qu’elle représente l’épicentre d’un subtil jeu dialogique sur le mode "thème et variations", la répétition et la circulation d’une même formule (« Je fais le zouave » modulé de diverses manières) déplaçant l’accent, en un humour original, sur les statuts énonciatifs plutôt que sur les énoncés eux-mêmes.
Qu’on en juge :

a) le "pétage de plomb" d’un Tournesol ébouriffé de la moustache comme des cheveux (une rare trouvaille d’Hergé !) dépossède en quelque sorte le locuteur-énonciateur Haddock (ayant « servi de divertissement à des souris neurasthéniques ») et devient pour le « zouave » Tournesol prétexte à se lancer dans sa cavalcade monologale, ôtant à un Haddock de plus en plus pénitent (jusqu’à la supplication - OL, 40-III-1 -) toute possibilité de rétractation : sa parole est devenue "définitive" et nourrit la colère de Tournesol (qui cependant, pourrait retomber) en tant que demeurant dans tout son être "cristallisé" à un indicatif éternellement conjugué au présent ;

b) les « Aaah ! je fais le zouave ! » regroupés sont pour ainsi dire adressés "DEVANT" et non pas "A" la cantonade, Tournesol, regard fixe, droit devant lui, traversant au pas de charge divers lieux et y interloquant autant de publics qu’il prend à "témoin" sans vraiment les "voir" (à la seule exception des« vermisseaux » du service d’ordre) tout en répétant et martelant en boucle la séquence de manière à en accentuer la portée et aggraver le retentissement du "blasphème" lèse Tournesol et lèse Science commis par Haddock ;

c) à force de répéter qu’il « fait le zouave », Tournesol devient authentiquement source de l’énoncé !!! D’où, la méprise malheureuse du "chef de la Sécurité intérieure" se proposant de « lui apprendre à faire le zouave » en la formule : « Eh bien, professeur, qu’est-ce que cela signifie ? ... Il paraît qu’on veut faire le zouave ? … ». Une trouvaille de construction linguistique de la part d'Hergé, ratifiant, réifiant presque la formulation haddockienne qui revient à la face du ... « zouave » en effet "boomerang" imprévu d’une bouche officielle sous la forme d’un on-dit (« il paraît », soit la rumeur publique) validé : la collectivité anonyme (et plus seulement Haddock) lui renvoie l’image du « zouave », aggravée de la dévalorisation de ce « ON » délocutif ;

d) la rage tournesolienne n’en est que plus aggravée … et aboutit à une auto-assimilation de l’injure initiale : tout se passe comme si, à force de répéter à la première personne l’énoncé le concernant (« je fais le zouave »), Tournesol opérait une sorte de fusion des voix et se laissait déporter dans la place énonciative devenue conjointement celle de Haddock et de la rumeur !!!
Témoins, les deux tonitruants : « Arrière, poussière ! … Laissez-moi ! … Je fais le zouave, entendez-vous ? … Je fais le zouave ! ... » et « Laissez passer le zouave ! ... » …

e) toutefois, après avoir « failli causer dix accidents », présentant au "blasphémateur" son "grand œuvre" (la fusée lunaire) - Tintin ne compte toujours pas -, Tournesol revient à la raison et à un calme relatif, houspillant cependant Haddock qui, de vrai, ne rate décidément aucune occasion de « faire le pitre devant tout le monde », « se cogner » et/ou « s’étaler les quatre fers en l’air » !!! Tant et si bien que c’est lui, finalement qui, « à force de prêcher la prudence aux autres », devient "l’arroseur arrosé" … D’où, la crise d’amnésie, les efforts d’Haddock de le sortir de « cette amnésie de tonnerre de Brest », la guérison de Tournesol résultant "magiquement" du mot « ZOUAVE », littéralement "incrusté" dans le sujet parlant empirique (Tournesol). Soit, un autre type de réification discursive par la parole mais aussi s’exprimant par le corps : la scène où le professeur, tignasse et moustaches à nouveau retroussées (et qui, ô stupeur (!), ne porte ni appareil pour les sourds ni - forcément - n’exhibe de cornet acoustique …), jailli littéralement de son fauteuil !!!

J'ai parlé de catharsis ... On peut se demander si cette rage tournesolienne (la première du genre, d'autant plus inattendue et impressionnante que Tournesol, jusques alors d'humeur "pacifique", présentait un profil inoffensif - à la SEULE exception du strip de la version originelle des "7 Boules de cristal" en date du 18 mars 1944, HELAS supprimé -) et l'amnésie consécutive ne reflètent pas l'état d'Hergé, surmené, épuisé, dépressif depuis des années (l'ostracisme et les persécutions imbéciles qu'il a subis à la "Libération") et en relations conflictuelles avec les responsables du journal Tintin (Raymond Leblanc et les associés éditeurs) pour avoir interrompu sa création pendant un an et demi (de septembre 1950 au 09 avril 1952 !) après 24 planches s'arrêtant significativement à la situation de Tintin, blessé, hospitalisé pendant plusieurs semaines … Son absence donnera lieu à une lettre d’explication « écrite et dessinée » (dixit les éditeurs …), datée du 18 avril 1951, dont l’humour forcé ne saurait tromper, et publiée dans le journal. Car, durant l’année 1951, Hergé continuera à travailler, se refusant cependant à la publication hebdomadaire exigée … Y a-t-il eu alors identité de situation et/ou de ressenti entre le « zouave » Tournesol et Hergé … « zouave » ? Le texte de la vignette OL, 40-II-1 : "Travailler d'arrache-pied pendant des mois, se tuer à la besogne, tout çà pour s'entendre dire qu'on fait le zouave ! ... C'est trop fort !", autoriserait à le penser ...
+2
nicnollundi 3 février 2014 à 11:52
S’agissant de la question du saisissant contraste existant entre la vision du château de Moulinsart photographié menaçant ruines à la fin de "L’Or Noir" (ON - 62-I-1) et sa restauration au début d’ "Objectif Lune" (OL - 1-I-1et3) et des ressorts cachés de cet énorme hiatus , il y a lieu de mesurer les conséquences de la distance temporelle entre la conception de l’Or Noir en 1939-40 et son achèvement en 1948-49 … C’est qu’entretemps, pas moins de SIX albums ont été composés, faisant entrer dans l’Univers de Tintin deux protagonistes devenus aussi indispensables que le capitaine Haddock et le professeur Tournesol ET le château de Moulinsart … Dans le cadre de l’achèvement, il convenait dès lors de les inscrire, EUX et LUI, de la manière à la fois la plus anodine et la plus édifiante possibles …

Pour le capitaine Haddock surgissant comme un diable d’une boîte (ON - 55-II-2), Hergé a recours à une manière simple et GENIALE : empêcher l’explication de seulement avoir lieu (d’où, la fameuse formule "C’est à la fois très simple et très compliqué" - c’est le moins que l’on puisse dire !!! -, retentissant à quatre reprises, interrompue aussitôt par les circonstances de la poursuite de Müller avant que de se perdre une cinquième fois et définitivement cette fois dans l’explosion du cigare fusée, don d’Abdallah … Pour Tournesol, sa présence s’incarne, par le biais de cette fameuse photo (ON - 64-I-2), en sa qualité de savant (requis par Tintin d’en percer le mystère, il s’attelle à la découverte des propriétés physico-chimique du N 14 et à la composition d’un remède à l’explosion capillaire des Dupondt ) et la mise en évidence, innocente en apparence, dans le cadre de ces expériences, de deux des traits définissant au mieux sa personnalité depuis son apparition - l’inconséquence et l’insouciance - … ce d’autant plus que l’état du château « après les premières expériences » implique des dégâts bien plus graves (« Il y en a donc eu d’autres » se lamente Haddock) …

La résolution de cet hiatus, son élimination, se préparent par le fait que, le moment de colère passé, la question de Moulinsart ne semble plus du tout soucier Haddock que l’on voit, dans les dernières vignettes, se la couler douce dans les fauteuils de l’émir Ben Kalish Ezab … et se ramasser le pétard "résolutif" en pleine figure dont l’explosion n’est que l’écho des multiples détonations sonorisant tout l’album … manière de déjà banaliser celles ayant pour cadre Moulinsart. A ce point même qu’au début d’Objectif Lune, le laconisme dont il fait preuve ne laisse pas de surprendre ("Je vois que le château a été restauré" - OL - 1-I-3 - point final -), la seule allusion, indirecte, aux dégâts perpétrés se situant dans ce « A propos, comment va ce cher Monsieur Tournesol » … La locution conjonctive "à propos" ne remplit même pas sa fonction de remémoration soudaine : elle n’est employée qu’en guise de parenthèse, Hergé évacuant au plus vite la question des circonstances de cette restauration … en faisant repartir presque aussitôt ("Deux jours plus tard" - OL - 2-III-2) Tintin et Haddock en Syldavie … où Tournesol les attend …

De cet hiatus, je distingue au moins une explication : la GUERRE, dont la menace a conditionné l’intrigue de l’Or Noir, et ses conséquences. C’est que, plus que jamais, Hergé a alors été à l’écoute de la politique et des événements internationaux de son temps … à tel point qu’on voit mal comment, à la suite du désastre de mai-juin 1940 et de l’occupation, il eût pu continuer une intrigue offrant une telle transparence entre la fiction et la réalité du moment !!! Dès lors, Moulinsart en ruines me paraît s’inscrire symboliquement dans la réalité même de la guerre (significativement, la photo présente un cadre sinistrement hivernal en rapport avec la Mort - dans son cycle choral a cappela "Un soir de neige" tiré de poèmes d’Eluard, Francis Poulenc en a capté l’essence en des harmonies lugubres et glacées -) et de ses destructions mais aussi concentrer le désarroi de Hergé aux sortirs de cette même guerre, quand il s’est trouvé en butte avec les persécutions imbéciles d’une certaine "Résistance" …

Le laconisme et la quasi indifférence de Haddock relativement au renouveau de Moulinsart au début d’Objectif Lune retentissent alors de la volonté de rupture d’Hergé avec un certain passé éminemment douloureux ; une "tabula rasa", un authentique refoulement (la reprise de l’"Or Noir" est contemporaine d’un état dépressif persistant). En témoigne le fait qu’il emmène au plus vite ses héros vers « autre chose » de radicalement neuf ("Tournesol décolle" a-t-on pu écrire). Ils s’inscrivent aussi cependant dans le cadre de faits d’ordre privé : la détérioration de plus en plus prononcée du couple qu’il forme avec Germaine Kieckens … la brève liaison avec la fille d’une amie de sa femme au cours de l’été 1948 … l’achat d’une maison à Céroux-Mousty, le 16 décembre 1949 … Toute l’aventure lunaire se passe en dehors de Moulinsart (et ce ne sont pas les aspirations de Haddock à y rentrer fût-ce en se suicidant sous l’empire de l’alcool qui y changent quelque chose) … La vraie réconciliation de Hergé avec Moulinsart aura lieu dans "L’Affaire Tournesol". C’est à partir de cet album qu'il y installe Tintin … Et à ce moment (1955), commence l’amour-passion avec Fanny Vlaminck …
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jacqueshervelundi 16 décembre 2013 à 23:05
On ne sait pas encore qui est Wolff en réalité mais on remarque une nette différence entre le personnage du début et avant le décollage de la Fusée à la fin de l'album. Il est vif et souriant avant d'avoir une attitude moins ouverte ensuite.

On note l'intelligence de Tintin lorsque celui-ci comprend que des secrets ont été livrés à des parachutistes inconnus et demande à Tournesol d'ajouter un dispositif pour faire sauter la fusée d'essai en cas de détournement.
jacqueshervelundi 14 octobre 2013 à 00:53
A noter que Hergé a fait de l'aventure lunaire .....la suite de Tintin au Pays de l'Or Noir. Le Capitaine remarque que le château a été restauré suite aux dégâts causés par le Pr Tournesol
jacqueshervesamedi 24 août 2013 à 15:21
Le plus réussi de la dyptique avec des gags très réussis et la colère mémorable du Pr Tournesol
georgeremisamedi 13 avril 2013 à 01:02
Un superbe album dommage que l'application ne soit pas retina.
tintinflimsamedi 24 novembre 2012 à 21:57
Bravo à Hergé pour inventer tout ça et être si près de la vérité, il est formidable
jeudi 26 juillet 2012 à 22:27
Tintin parle une fois pour ne rien dire à chaque page, c'est domage ! Trop de blablas et rien ne se passe ! La fin laisse du suspens et LA c'est génial...
Pour floflo97 : Tu connais énormément Hergé, on dirait... C'est trop la classe :) Tu dois aussi connaître énormément Tintin, alors, non ?
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biancacastafjeudi 19 juillet 2012 à 22:54
Excellent!!!! Un des meilleurs albums. BRAVO!! MERCI HERGÉ! :)
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newebomardi 20 décembre 2011 à 17:14
J'adore et album, très bien fait, pour l'époque!
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axel20samedi 10 décembre 2011 à 12:46
J'ai adoré !!
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