Le Temple du Soleil

Histoire

Cette aventure, qui inaugure le journal TINTIN le 26 septembre 1946, annonce la reprise de celle qui fut interrompue deux ans plus tôt. Tintin, Milou et le Capitaine Haddock s'envolent pour le Pérou à la recherche du professeur Tournesol. Celui-ci a involontairement commis un sacrilège qui le destine au châtiment suprême.

Comme ce fut le cas pour la création de plusieurs de ses aventures, Hergé se rendit au musée du Cinquantenaire qui fait partie des Musées royaux d'Art et d'Histoire, afin de se documenter. C'est notamment en ces lieux qu'il vit un modèle de vase-portrait (communément appelé vase étrier car grâce à sa boucle, il était possible d'y passer une corde et d'ainsi l'attacher aux lamas avec d'autres vases du même type) de la culture Mochica dont il s'inspira pour dessiner celui présent à la page 45 de l'aventure de Tintin.

Décors

Pour dessiner les décors du Temple du Soleil proprement dit, Hergé s'inspira de plusieurs lieux bien réels, à savoir : la forteresse de Sacsahuaman, le site de Tiahuanaco ou encore la citadelle du Machu Picchu.

Cette ancienne cité Inca, aujourd'hui en ruines, située sur les hauteurs de la Cordillère des Andes, servit de modèle pour un des décors principaux: celui qui délimite le lieu sacré où les Incas ont dressé le bûcher sacrificiel.

Momie enveloppée de tissus -Culture Chancay

Il découvrit également dans un ouvrage de Wiener, Pérou et Bolivie, une image de tête de momie de la culture Chancay qu'il employa pour dessiner les deux momies présentes sur la couverture du Temple du Soleil et à la page 45 de cet album.

Les origines du frontispice de l'album

C'est également dans cet uvrage de Wiener qu'Hergé découvrit une illustration du dieu INTI qu'il reproduisit à l'identique pour le frontispice de l'album et pour l'illustration présente dans le vaste décor de l'immense salle où Tintin, Haddock et Zorrino pénètrent, à l'intérieur du temple du Soleil.

En réalité, ce  «Dieu aux bâtons» n'est autre que celui qui orne la porte du Soleil du Tirvanaku.

The National Geographic

La revue de février 1938 fournira à l'auteur une abondante documentation, notamment pour représenter le Grand Prêtre lorsqu'il va présider au sacrifice, le cortège des jeunes vierges du Temple Sacré et la danse du serpent précédant l'immolation par le feu ainsi que pour les décors inspirés des sites de Sacsahuaman et Machu Picchu.

Le train le plus haut du monde

Comme Hergé possédait L'Encyclopédie des Chemins de Fer illustrée publiée en 1927 par la Librairie Hachette, il s'y documenta sur les trains et autres véhicules ferroviaires du Pérou.

JACOBS, un allié précieux

Afin de coller au mieux à la réalité, Hergé bénéficia de l'aide de Jacobs à qui il demanda, entre autres, de poser pour certaines attitudes qu'il voulait dessiner. Il fit par exemple fabriquer un poncho à rayures qu'il demanda à Jacobs d'enfiler afin qu'il puisse le dessiner. Jacobs passa aussi de nombreuses heures au Cinquantenaire pour étudier des ouvrages traitant de l'Amérique du Sud et des Incas et rechercher des détails importants à la réalisation de cette aventure. Certains fruits de ses recherches ont par ailleurs été réutilisées par E.P. Jabobs dans l'album «L'Énigme de l'Atlantide» de Black et Mortimer.

Tournesol en perpétuel décalage

Le professeur Tournesol traverse l'entièreté du récit dans une sereine inconscience. Et, à l'instant le plus critique, sur le bûcher du sacrifice où lui et ses compagnons vont être immolés par le feu, il s'imagine au cœur d'une reconstitution historique réalisée par le cinéma.

L'éclipse

Pour la scène si déterminante de l'éclipse, Hergé emprunte, comme le fit La Fontaine à Esope, à Gaston Leroux divers éléments puisés dans son livre L'Épouse du Soleil. Il s'inspira également d'un texte du livre Christophe Colomb de C. Giardini (Dragaud, Paris, 1970) dans lequel l'auteur narre que les Espagnols réussirent à soumettre définitivement les indigènes grâce à une éclipse de lune annoncée par un calendrier.

Il est également intéressant de souligner une erreur à propos de cette éclipse. En effet, l'éclipse évolue de droite à gauche alors qu'en réalité, vu que le Pérou se trouve dans l'hémisphère sud, ce phénomène devrait évoluer de gauche à droite. Cette erreur a été communiquée à Hergé par un enfant qui lui a écrit une longue lettre pour lui faire part de son mécontentement à ce sujet.

Les Dupondt radiesthésistes

Les Dupondt innovent dans leurs techniques d'investigation. À l'instar du professeur Tournesol, ils recourent à la radiesthésie sans grand succès. Grâce à cette technique, les Dupondt deviennent les acteurs d'un véritable running gag (comique de répétition). Ces gags font échos aux situations vécues par nos héros.

Si Tintin et ses amis se trouvent sur le bûcher, les Dupondt les chercheront dans le désert. Quand Haddock fait s'écrouler le bûcher et en est tout secoué, les Dupondt les chercheront sur une piste d'auto-tamponneuses,...

Un travail considérable de remise en forme

Pour faire rentrer son récit dans le format habituel de 62 pages, Hergé fut obligé d'effectuer un énorme travail de remise en forme sur les planches parues dans le Journal Tintin. Parmi les principales suppressions, on peut citer la scène où Haddock se débarrasse d'énormes pépites d'or qu'il avait mises dans ses poches ou encore celle où ce même Haddock dessine le portrait de Tintin à la craie sur un mur.

Pour les nostalgiques, il est à noter que la version originale du Temple du Soleil a été rééditée à deux reprises en format à l'italienne aux Éditions Casterman, en 1988 et en 2003.

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nicnollundi 18 décembre 2017 à 16:07
Rationaliste jusqu’au bout des ongles, Jean-Marie Apostolidès, s’il oppose avec pertinence deux sociétés et deux "Systèmes de pensée" (le religieux et le scientifique) incompatibles, que symbolise en la cérémonie sacrificielle du "Temple du Soleil" l’affrontement des deux "champions" des deux "univers" en opposition (Tintin et Huaco-Chiquito), prend acte d’une prétendue supériorité du rationalisme sur le religieux :

"La foi est vaincue par la science car, si la première ne connaît que la règle, la seconde prévoit même l’exception et sait en expliquer la signification. Connaissant l’heure de l’éclipse (*), Tintin fait semblant de commander au soleil, le suppliant de ne pas mettre le feu au bûcher, et sa mystification se révèle plus forte que la mystique de son rival.
(…)
La science seule est vraie, la religion n’a qu’une valeur morale. Le héros réussit le double exploit de maintenir l’illusion du sacré et de miser sur le scientifique."

(*) à cet égard, Jean-Marie Apostolidès omet de gratifier Tintin d’une baraka véritablement providentielle s’agissant de l’heure donnée au "Noble Fils du Soleil" pour le supplice ! Une éclipse ayant un cône d’ombre d’une largeur de 100 kms, l’heure exige aussi la précision géographique : une erreur de 20 kms sur la position entraînant un écart de déjà une minute … Attendu que les aléas du parcours, depuis Jauga jusqu’au "Temple", à travers des montages et la forêt du bassin amazonien, leur a fait assurément perdre toute notion géographique, l’extrême précision du choix horaire avec le début effectif de l’éclipse est véritablement … "miraculeux" !!!

Apostolidès est à ce point imbu du préjugé scientiste qu’il ne saurait appréhender objectivement :

1° le fait que les Incas sont, par le fait même de cette mystification, confortés dans leur Foi (que, bien sûr, il qualifiera "d’Erreur" … d’"Illusion" … de "Fanatisme" … "d’Obscurantisme") : les trois "chiens d’étrangers" sont désormais traités en êtres "tabous", revêtus d’une dimension sacrée (ils l'étaient déjà, mais de manière négative, du fait de leur condamnation à mort pour avoir commis un "sacrilège" au regard de la "loi" du Soleil") …
2° que, par l’intercession de Tintin, les sept savants obtiennent, sinon l’absolution, du moins leur grâce. Leur soudaine "guérison", dans "l’instant", restera aussi inexplicable aux "importantes sommités du monde médical" (7BC, 49-II-1) que leur "maladie", incompréhensible à un esprit "rationnel" : la "Science" matérialiste, totalement coupée de la Métaphysique, interdisait d’appréhender la VRAIE origine du Mal : l’envoûtement. SEUL Tintin, sujet semi "religieux", en a eu la "prescience" (TDS, 60-II-3) …
3° que le trio est initié au Secret des secrets : le trésor des Incas (TDS, 62-I-1) ; privilège que leur vaut leur dimension taboue ("ô nobles Etrangers") …
4° que l’Inca leur fait des présents royaux (admirons le comique de la situation quand Haddock, à la différence de l’idéaliste Tintin, révèle une propension à la cupidité - TDS, 61-III-2 -) …
5° qu’ils sont reconduits jusqu’au pied des montagnes ("Que le Soleil vous soit propice" … souhait d’espèce religieux d’un des guides - TDS, 62-II-1 -) …
6° que Zorrino demeure, de sa propre volonté, au sein du Temple sacré, sous la protection manifeste de l’Inca (TDS, 61-I-1). On peut même l’imaginer devenir un "Prêtre du Soleil" …
7° qu’il ne s’agit nullement d’une victoire de la Science sur le Sacré, fut-il "obscurantiste" … A PREUVE (à nouveau !), le Serment solennel de Tintin et de ses compagnons de ne jamais divulguer l’emplacement du Temple du Soleil (*) … Par là même, Hergé livre implicitement sa "préférence" pour la société religieuse : il n’est que de méditer relativement à la pauvreté de la défense des savants par Tintin pour obtenir la clémence de l’Inca : "Ces hommes ne sont pas venus pour piller, noble Fils du Soleil. Ils n’ont eu d’autre ambition que de faire connaître au monde entiers vos traditions séculaires et la richesse de votre civilisation" (TDS, 60-I-4) … Il n’est que de se rappeler dans quel MEPRIS Bergamotte tenait Rascar Capac ! …

(*) à nouveau, en dépit de la solennité du serment, on peut raisonnablement douter que Tintin puisse avoir une notion précise de l’endroit géographique exact de l’emplacement du Temple … On ne sait pas même si, pour Hergé, l’emplacement de "SON" Temple est celui du "Machu Pichu" ou de Cuzco, la capitale inca …
nicnollundi 18 décembre 2017 à 12:17
"Les Incas connaissaient probablement très bien les phénomènes célestes. Je me suis, par conséquent, entièrement fourvoyé en les faisant passer pour des ignorants, ce qu’ils n’étaient sûrement pas dans ce domaine. Çà, c’est vraiment du racisme ! … Mea culpa ! … Si je devais refaire cet épisode maintenant, je le ferais tout autrement. Pourquoi ? Parce que, au fur et à mesure que les années passent, j’éprouve plus de respect pour l’autre. Et justement ici l’autre, en l’occurrence le peuple inca, n’aurait pas pu faire une bêtise pareille." (Entretiens avec Hergé in Minuit 25, p. 9).

S’auto-accusant de "racisme", donnant dès lors, par voie de conséquence, quelque "corps" aux calomnies de ses ennemis, des stériles et des jaloux, Hergé attribue ce faisant aux Incas des connaissances et des pouvoirs qu’en fait ils n’ont jamais eus (ainsi de l’écriture, du don de prédire l’avenir, de la faculté d’envoûter) !!! Cette propension au "Mea Culpa" est d’ailleurs devenue - et plus que jamais de nos jours – "l’ognoscite" d’un Occident à ce point en mal d’une impossible absolution qu’il dote les civilisations non européennes de savoirs aussi impressionnants qu’imaginaires. Car RIEN ne permet d’affirmer que les Incas (comme d’ailleurs les Aztèques du Mexique ou les diverses peuplades amérindiennes) étaient capables de prévoir les éclipses de soleil … ressenties comme un signe de "l’irritation" de l’astre, perspective qui ouvre dès lors une dimension d’ordre métaphysique, non plus que celles de la Lune réputées être la manifestation d’une attaque qu’il fallait conjurer pour éviter qu’elle ne soit mise en pièce.

A PREUVE, la fameuse éclipse totale de la Lune (dite "éclipse de Colomb") du 29 février 1504 par laquelle le célèbre navigateur, terrifiant les Indiens de la Jamaïque, s’était tiré d’un bien mauvais pas en leur "prédisant", trois jours à l’avance (*), sur la base du Calendarium de l’astronome Regiomontanus publié à Nuremberg en 1474, une éclipse totale de la Lune d’un rouge sombre, très impressionnante ! Entrant dans la pénombre à 16 h 53’ (heure locale), l’éclipse devait être totale entre 19 h 18’ et 20 h 06’ et sortir définitivement de la pénombre à 22 h 29’. Soit, près de SIX heures de trouble dans l’ordre céleste laissant le temps à Colomb de monter une véritable mise en scène, assurant aux Indiens que le Dieu des Chrétiens, irrité contre eux, avait décidé de "supprimer" la Lune et que lui seul pouvait obtenir de Lui la clémence !!! On devine dès lors la suite … ce fait historique (de même que les éclipses des 08 juin 1937 et 25 janvier 1944) ayant été utilisé par Hergé dont on connaît le perfectionnisme à partir de documentations multiples …

(*) c’est que ces Indigènes, révoltés par les exactions meurtrières d’une partie de l’équipage qui s’était mutiné, refusaient de désormais concéder tout approvisionnement …

Quant aux connaissances des Incas (et notamment du "Noble Fils du Soleil") en "l’année de grâce" 1948, année d’achèvement de l’album, s’il apparaît de fait invraisemblable, impossible que, même à ce point retirés du monde, ils ne pouvaient ignorer les phénomènes astronomiques, il est tout aussi certain qu’ils ne pouvaient manquer d’être frappés par la "coïncidence" entre l’interpellation solennelle de Tintin correspondant au commencement EXACT de l’éclipse !!! Ne pouvant relever du "hasard" (concept occidental), elle ne pouvait dès lors relever que d’un "Signe" du Destin auquel ce peuple encore en relation avec le Sacré ne pouvait manquer d’être interpellé … En cela, oui, effectivement, la composition de Hergé est critiquable et aurait dû faire l’objet d’une refonte du scénario …
jacqueshervemardi 7 février 2017 à 20:47
À noter que le passage où Tintin est à bord du wagon détaché qui redescend la pente à été envoyé partie repris dans un épisode de Candy lorsque cette dernière devenue infirmière se trouve dans un hôpital ambulant sur un chantier ( 107/ 108e épisode de la série).
nicnolvendredi 10 juin 2016 à 18:14
@jacquesherve : le "señor inspector superior" relève de l'espèce "classique" du flic tel qu'on se le représente par chez nous ... Soit la copie conforme du fonctionnaire qui, pour accomplissant (mollement, en l'occurrence !) son devoir dans les limites administratives et légales de sa charge (TDS, 1-II-1 - 5-II-3), n'aspire cependant qu'à son repos ("Urgent ou pas ... on ne réveille pas le señor inspector superior à quatre heures du matin" assénera son adjoint avant de raccrocher le téléphone au nez de Haddock - TDS, 9-IV-3 -). On trouve chez lui insouciance et bonhomie, traits de caractère inscrits sur une physionomie d'éternel "endormi", aux antipodes du commissaire de Saint Nazaire !!! J'ai souligné chez ce dernier compétence, logique, réalisme, promptitude dans l'action, célérité, pour estimer qu'il représente peut-être un portrait physique et mental de ... Raymond LEBLANC, le créateur du Journal Tintin, à qui Hergé doit d'être sorti de l'accablement des années de persécution de "l'Epuration" (voir mes interventions dans "Les Sept boules de cristal" des 28 janvier 2014 et 9 juin 2015) ...

Quant au commissaire de Jauga, il n'est que de mesurer le fait qu'il soit un métis FORTEMENT "amérindiennisé" pour comprendre son attitude dubitative (TDS, 17-III-1) puis sa réaction sitôt que Haddock lui dénonce l'enlèvement de Tournesol par des Indiens et son abrutissement par la drogue en TDS, 17-III-1, 2, 32 (observons à ce moment l'étrange ébahissement de Tintin, au second plan de l'entretien, devant la franchise du capitaine) ... Réaction qui ne peut que paraître contradictoire ... C'est que, "n'ayant les apparences du pouvoir, il est tenu à l'obéissance et au secret : "No Sé" (Jean-Marie Apostolidès) ... Jauga, pénétrée par les héritiers des envahisseurs espagnols (deux de ces "infâmes étrangers" - comme les qualifiera Huascar en TDS, 50-I-3 -, ennemis "de notre race" - dixit l'Inca ! - peuvent se permettre de martyriser Zorrino en 18-III-2 et IV-2) et pour apparemment soumise à l'administration "Hispanos", se situant à la frontière INVISIBLE du territoire quechua, est en fait totalement soumise au Pouvoir théocratique occulte des Incas !!!
jacqueshervemardi 17 mai 2016 à 20:25
Mon passage préféré : la rencontre de Zorrino où Hergé dénonce la moquerie, comme Tintin ....et Huascar.
jacqueshervemardi 17 mai 2016 à 20:23
Que penser du commissaire de Jauga et du señor inspector superior ?
nicnollundi 29 février 2016 à 12:14
A l'extrême opposé l'un de l'autre, Tintin et Chiquito (alias Rupac Inca Huaco - 7BC, 57-II-2 -) relèvent cependant de la même espèce "fanatique" dans le sens le plus intimement étymologique et historique du terme (*) en ce que le "fanatisme", avant que de revêtir l’acception entièrement négative que nous lui connaissons, implique à l'origine un absolu de FIDELITE. Leur "dialogue" exprime une double incompatibilité donc un double affrontement : celle/celui de l'Occident et de la société incasique ... celle/celui de la Science "positive", "dieu" laïc révéré en Occident et de la théocratie incasique vouée au culte du Soleil !!!

(*) du latin "fanaticus" - "inspiré" ... Selon Rabelais - 1564 - « qui se croit inspiré de l'esprit divin, pris de fureur poétique » - Montaigne - 1580 - « animé d'un zèle aveugle envers une religion, une doctrine » Bossuet - 1688 - « disposition d'esprit des fanatiques qui se croient inspirés de la divinité ».

A l'origine Incorruptible, "Vengeur", champion des valeurs universelles, adonné à la cause de la Justice, rétablissant le faible dans ses droits contre les prétentions et l'ignominie du "Fort" (bien souvent un bandit, un usurpateur ou un traître), Tintin, pour la société incasique, incarne les valeurs d'un Occident honni, déshonoré par les Sept savants pilleurs de tombes !!! C'est que, entraîné par la force des choses (l'enlèvement de Tournesol) à affronter les valeurs religieuses intangibles de ladite société, il endosse dès lors, en "bouc émissaire", le double sacrilège commis (celui, indiscutable, des savants, et celui, pleinement involontaire car inconscient, de Tournesol) ... Bravant tous les dangers (et Dieu sait s'ils foisonnent dans l'aventure du "Temple" !), il partira donc pour le Pérou, flanqué du capitaine Haddock et de Milou, AVANT TOUT pour arracher Tournesol des griffes de ses futurs sacrificateurs ... Incarnation du "Droit" occidental, pénétrant significativement dans le Temple du Soleil par le lieu d'En Bas (une tombe !) et par là même le VIOLANT, il se situe au stade le plus "ignoble" de la théocratie incasique (n'est-il pas désigné comme "sacrilège" - TDS, 47-II-1 - avant que d'être traité à deux reprises de "chien d'étranger" par l'Inca - TDS, 49-IV-3 et 58-II-4 - ?). Dès lors, il est voué à périr sur le bûcher conformément à la "Loi" édictée par l'Inca (TDS, 48-IV-4) ...

Chiquito/Huaco, conformément à la prédiction de Rascar Capac, assume la tâche "sacrée" d'accomplir sa vengeance par delà la Mort, le Temps et l'Espace en poursuivant impitoyablement les impies qui, ayant profané sa tombe et insulté ses restes, sont promis à un châtiment d'espèce religieux et magique !!! Aussi, assurer l’union définitive du Grand Inca avec le Soleil (conformément à la métaphysique de la religion Inca) … Ce faisant, descendant à un degré criminel au regard du Droit européen, il affronte l'Occident dans sa globalité, fût-ce au péril de sa vie (7BC, 37-II-2 et 3) !!! Pour ce faire, Chiquito/Huaco, "un des derniers descendants des Incas" de la connaissance même d'Alcazar (7BC, 57-II-1) et "grand prêtre du Soleil" (TDS, 58-II-1 et 60-II-3), régresse en apparence au dernier échelon social de la société occidentale ... Il en subit les vexations de la part de la police et accepte de servir de "partenaire" (autant dire de victime sacrificielle symbolique) à Alcazar (pourtant représentant à ses yeux, "un de ces infâmes étrangers que nous haïssons" comme l’exprimera plus tard le "Grand Prêtre du Soleil" Huascar - TDS, 50-I-3 -) sur une scène de théâtre où il risque déjà sa vie à chaque lancer de poignard - 7BC, p. 10 et 11-I-1 - !). Cérémonial sacrificiel d'espèce religieux (même s'il s'entoure d'une INVERSION "théâtrale" propre à l'Occident désacralisé) et qui aura pour corollaire celui de Tintin, Haddock, Tournesol et Milou devant l'Inca, à l'autre extrémité du double album "solaire" ...

Combien cependant, en symétrie d’opposition, ils se ressemblent !!! La souplesse féline de Tintin a pour répondant celle de Chiquito/Huaco que symbolise d’ailleurs le chat qui ne le quitte guère sur le Pachacamac (TDS, 7-II-2 et III-1 et 8-II-3 et III-1). Ils possèdent tous deux le même courage, le même acharnement dans l’accomplissement du devoir qu’ils se sont imposés, le même don de métamorphose (Huaco, en partenaire apparemment inoffensif d’Alcazar, répondant au nom de scène de Chiquito, Tintin, affublé d’un poncho et d’un chapeau des Andes, suivant à la trace Tournesol et ses ravisseurs dans le petite vile de Santa Clara - TDS, 12-II-3 -), le même courage physique (aux prouesses de Huaco/Chiquito dans l’exercice de sa mission de Vengeur dans "Les Sept Boules de Cristal" répondent celles de Tintin tout au long de l’aventure du "Temple du Soleil") !!! Leur première rencontre est tout de discrétion de la part de l’Indien qui, significativement, craint de voir en lui un policier - 7BC, 13-IV-3 - (ne dirait-on pas l’expression d’un pressentiment de sa part, annonciateur de leur futur affrontement ?) lors que Tintin devise "pacifiquement" avec son ancien supérieur de "L’Oreille cassée" … Leur seconde rencontre donne lieu à leur premier (et seul) affrontement physique : direct du droit de la part de Tintin (TDS, 8-II-1) ... tirs de revolver déchargés par Chiquito à destination de cette "petite canaille" (TDS, 8-IV-3 et 4 - 9-Ia-1 et 3 et II-1 -) … Leur troisième, lors de la comparution devant l’Inca, démontre le rang éminent de Huaco/Chiquito dans le panthéon incasique : il figure à la droite de l’Inca (TDS, 48-IV-1 -) … Les quatrième et cinquième, ESSENTIELLES pour la compréhension de la symbolique du double album, feront l’objet d’une prochaine analyse …
nicnoljeudi 15 octobre 2015 à 16:21
L’incompatibilité absolue entre l’Occident matérialiste et la société quechua s’inscrivant en marge du Pérou hispanique "occidentalisé", entre les valeurs rationalistes, universalistes, "impérialistes" du premier et la théocratie absolutiste, repliée sur elle-même de la seconde, apparaît dès la première page du "Temple du Soleil" … dès l’audience du Commissaire de police de Callao, Tintin pouvant se convaincre de la surveillance dont Haddock et lui font l’objet (TDS, 1-II-3 et 2-I-3) … Surveillance dont le lecteur peut lui-même constater l’efficience en la filature d’un Indien faisant preuve d’une discrétion et d’une minutie ("Hôtel Cristobal Colon. Bueno …") telles qu’elles démontrent qu’il n’a rien d’un comparse (TDS, 3-I-1 et 3) … Plus tard, nous apprendrons qu’il s’agit de Huascar, "grand prêtre du Soleil" (TDS, 50-I-2), soit un hiérarque !!!

Dès lors, bien que Hergé ne le suggère en rien, on peut se demander si Tintin et Haddock n’ont pas été repérés à Saint-Nazaire et/ou à La Rochelle … par exemple par le conducteur de la Limousine Buick beige, dont le strip du 02 septembre 1944 (le dernier paru de la version originale des "Sept boules de cristal" dans le "Soir" avant que la "Libération" n'interrompe l'élan de la création hergéenne) nous apprend, par le biais du général Alcazar auquel Tintin s’est heurté, que, citoyen péruvien, répondant au non de Fernando RAMIREZ (donc, de race hispanique - il n’est que de considérer son faciès -), gros exportateur de guano (le Pachacamac était arrivé à La Rochelle avec un chargement de l’espèce - 7BC, 62-I-1 -), "il venait souvent voir Chiquito" … étant dès lors pour le moins, Dieu sait pourquoi, un informateur des Incas … Faut-il regretter que ce lien de scénario n’ait pas été repris dans la version finale, à l'occasion de la rencontre Tintin/Alcazar à Saint-Nazaire de laquelle il ne ressortira le fait que Chiquito "né voyait yamais personne et né parlait à personne d’autré qué moi …" (7BC, 57-III-1) ?

L’influence occulte, la domination toute puissante de la hiérarchie incasique sur la population quechua soumise à une discipline de fer (sans cela, elle ne tarderait pas à être "assimilée" - on en voit les "résultats" de nos jours, dans les favelas … ce que suggérera Hergé dans le désenchantement amer de "Tintin et les Picaros", si injustement décrié ! -) se manifestent à maintes reprises :

1° le faux diagnostic d’une épidémie de peste bubonique sur le cargo Pachacamac, porté par le médecin quechua (TDS, 5-II-2) … ce qui autoriserait une possible évacuation secrète de Tournesol dans le laps de temps des "trois semaines de quarantaine" ordonnées … évacuation rendue urgemment nécessaire du fait de l’intrusion nocturne de Tintin (TDS, p. 6 à 10) ;
2° le double sabotage du dernier wagon du train (dans lequel, significativement, Tintin, Haddock et Milou sont les SEULS passagers) sur l’ordre menaçant de Huascar au chef de gare, de race indienne (TDS, 13-I-2) ;
3° la volte-face du commissaire de police de Jauga … probablement un "Latino" ou un métis (TDS, 17-III-3 et IV-1) ;
4° la "loi du silence" observée par la population indienne de Jauga ("No sé" - TDS, p. 18 -), la certitude de la mort planant sur TOUS en cas de trahison ... ce dont fait foi l’aveu de Zorrino à Tintin (TDS, 21-I-2) ;
5° la poursuite, implacable, des quatre Indiens qui, commençant par ligoter et bâillonner Haddock (avec un lézard dans le dos !) pour s’emparer de Zorrino promis à la mort, entendront bientôt "régler leur compte" au trio jusqu’à leur chute finale dans un précipice (TDS, p. 23, 25 à 27, 32 et 33) ;

Car, pour la société quechua qui n’a emprunté les mœurs et les activités occidentales qu’extérieurement, en apparence, pour mieux déguiser son être réel, Tintin et Haddock, pourtant étrangers au pays, incarnent cependant l’ENNEMI au même titre que les "Latinos" (ou plus exactement, les "Hispanos"), ces descendants des conquistadors espagnols, HAÏS !!! A ce point même qu’ils seront traités plus tard de "chiens d’étrangers" par l’Inca (TDS, 49-IV-3) !!!

Pourtant, Huascar, témoin de la courageuse défense par Tintin de Zorrino, brutalisé par "deux de ces infâmes étrangers que nous haïssons" (TDS, 50-I-3) - une démonstration de plus de l’intégrité humaine d’Hergé, prétendument "raciste" au gré des "humeurs intestines" de "droits-de-l’hommistes" de rencontre ou d’allochtones atrabilaires !!! -, pourra se convaincre que tous ne sont pas des "chiens" !!! Au point même qu’il commettra le "sacrilège" de donner la petite médaille protectrice à "un ennemi de notre race" (dixit l’Inca, TDS, 50-I-2) !!! "QUI", finalement, dans "Le Temple du Soleil", est "raciste" ... ?

Dans ce climat d’inquiétude préhensible (on retrouve sous une autre forme l’angoisse imprégnant "L’Oreille cassée"), Hergé distrait son lecteur en les savoureux gags "pédagogiques" du guano dont les Dupondt font les frais (TDS p. 4) et - SURTOUT - des lamas cracheurs, aux dépens de ce pauvre capitaine Haddock (TDS, 2-III-3 - 21-IV-3 et 27-I-3) - "quand lama fâché, señor, lui toujours faire ainsi …" - … que conclura sa "revanche" en 62-III-2 !!!
+1
jacqueshervesamedi 11 juillet 2015 à 21:15
On notera aussi une image peu sympathique du Capitaine Haddock dans la version "à l'Italienne" du Temple du Soleil avant parution en album comme le fait de prendre des pépites d'or avant de devoir s'en débarrasser avant de pénétrer dans le Temple du Soleil...soit un comportement se rapprochant de ceux des membres de l'expédition Sanders Hardmuth.
jacqueshervesamedi 11 juillet 2015 à 21:11
Hergé aura signé un excellent récit d'aventures avec une évolution cornélienne (Les ravisseurs du Professeur Tournesol ne vont pas à la case Prison) et des personnages attachants. On découvre aussi ce qu'est un tapir et un fourmilier (avec pour ces deux animaux un design assez ressemblant et des coloris très proches). Notons qu'en forêt certains passages font penser à Tintin au Congo (Tintin tue des animaux) sauf qu'on est dans une situation de légitime défense.

A noter aussi une gaffe commise par le Señor Inspector Superior page 1 : laisser les fenêtres ouvertes alors que le rendez vous dans un bureau de police est censé d'être confidentiel....ce qui a permis à un Inca de tout écouter avant de s'enfuir.

N'oublions pas l'Officier de police à Jauga qui éconduit nos héros quant à la recherche du Pr Tournesol en se contredisant et disant "Je me suis trompé, l'entretien est terminé ". Notons qu'il a une tête à la fois peu aimable et peu rassurante.
michelabghlundi 27 janvier 2014 à 17:19
Exellent
+2
navarinlundi 25 novembre 2013 à 21:08
J'attribue cinq étoiles à cette série que je peux emporter avec moi partout grâce à la qualité de la reproduction sur tablette .
Je dois préciser que je suis un tintinophile absolu ,et je remercier les éditions d'avoir eu l'excellente idée d'avoir mis sur le web la totalité des Tintin .
+3
achatsjeudi 2 mai 2013 à 20:23
Cette histoire est passionnante. Vraiment je me crois dans un rêve...
+1
chaplinmardi 30 avril 2013 à 16:11
Tout simplement mon préféré ! En plus le premier dessin animé de Tintin que j'ai vu devais être le film des années 60 reprenant ce double numéro.
FOR-MI-DABLE ;)
biancacastafmercredi 18 juillet 2012 à 23:09
Excellent livre:)
floflo97dimanche 18 décembre 2011 à 15:50
Un album très réussis, l'histoire est comique avec le duo Dupond et Dupont, tragique avec l'enlèvement de Zorrino et du professeur Tournesol et aussi amusante avec les interprétations du capitaine Haddock.

Comme ce fut le cas très souvent dans les aventures de Tintin se déroulant sur deux albums, le premier est "sur place " (Le Secret de la Licorne, Objectif Lune) et l'autre partie, les héros vont directement à l'aventure (Le Trésor de Rackham Le Rouge, On a marché sur la Lune). Cela crée une meilleure compréhension de l'histoire : le premier album de l'aventure pour comprendre le déroulement et toutes les explications de l'aventure à venir, les faits qui poussent Tintin et ses amis à aller dans l'endroit où se déroule l'action, et le deuxième, c'est tout simplement l'action.

A noter aussi que si c'est bien le 1er album de Tintin paru chez Le Journal Tintin, ce ne fut pas les premières cases : les premières cases parues dans le Journal Tintin, sont les dernières pages de Les 7 Boules de Cristal. Un album très intéressant, qui a fait découvrir à plein de personnes les Andes (et la musique des Andes entre autres, avec les paysages magnifiques).
+4
monty_pythonvendredi 18 novembre 2011 à 22:28
Les Andes sont bien représentées, parcontre si Hergé était encore parmis nous je lui aurais dit que son album manque de conchons d'inde (cuyes), un animal très commun au Pérou, autant que les Llamas ^^
+1
floflo97samedi 15 octobre 2011 à 15:20
Un très bel album. Un où les paysages sont sublimes, tant graphiquement que par le contexte. Une belle aventure, un album inoubliable.
+1
matgondimanche 9 octobre 2011 à 13:09
Tintin c'est le meilleur
+1
elodie6dimanche 11 septembre 2011 à 16:25
Moi je l'aime bien
+1
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