Le Secret de La Licorne
Vos contributions (50) Contribuer
jacqueshervedimanche 9 juillet 2017 à 20:15
Il est certain que Hergé n'ait pas apporté de précisions quant au maintien de la décision des Dupondt d'arrêter Mr Filoselle. Il est possible que ce dernier se soit vu accorder des circonstances atténuantes vu que les policiers aient pu retrouver leurs portefeuilles et celui de Maxime Loiseau.
campierrotmercredi 7 septembre 2016 à 09:19
J'ai été heureux de découvrir dans cet album que Tintin avait pris le tram (il en parle lui-même). Par cela même il trahit sa belgitude ou même sa bruxellitude.
nicnolvendredi 29 juillet 2016 à 17:27
@jacquesherve : les Dupondt, ces "admirables spécimens d'abrutis" (Paul Vandromme) n'en font jamais d'autres !!! Ayant inlassablement pourchassé Tintin en ne se fiant qu'aux "apparences" (même si, à l'occasion, ils déplorent de devoir "arrêter un ami" - LB, 45-I-4 -), on peut dire que l'explosion de la machine infernale dans "Le Sceptre d'Ottokar" (SO, 11-IV-4 et 12-I-2) les a définitivement convaincus que le jeune homme était décidément innocent (peu auparavant, cependant, lui faisant leurs "gros yeux", ils le trouvaient encore "suspect" : "Et que signifient ces traces de lutte" (SO, 9-II-3) ... ceci à propos de l'agent secret de la police syldave, Kaviarovitch, trouvé évanoui dans l'appartement du héros : une fois de plus les "apparences étaient contre lui - SO, 9-i-et 2 -) ... Ils n'y reviendront plus !!!

Dès lors, attendu qu'en service, "ils ne connaissent pas d'amis" (SDL, 28-III-3), il leur faut un nouveau bouc émissaire à leur "soupçonnite" aiguë et, en parfaite coordination gémellaire, un nouveau "sujet" d'expérience à leur singulière méthode d'accuser ... "à tout hasard" (SDL, 29-II-2) ... D'où, ce singulier "syllogisme" (SDL, 28-IV-1, 2, 3) :

"Pour commencer, voilà la victime ... Je dirais même plus : voilà la victime" (la "Majeure") ;
"Or, s'il y a une victime, il est clair qu'il y a un coupable ! ... Bien raisonné ! Le tout est de le découvrir. Et, à mon avis, il ne peut pas être loin. Je dirais même plus : il n'est pas loin ..." (la "mineure")
"Car le coupable, le voici ! ..." (la ... "Synthèse" ... soit ... le capitaine Haddock qu'ils désignent d'un doigt accusateur) !!!

Archibald, à la différence de Tintin (qui, maintes fois, aura répondu à leurs accusations par d'habiles fuites, en souple félin et rusé renard qu'il est), réagira à la manière truculente qui lui est propre (et qui nous enchante tant !) : une bordée d'injures (quatorze au total) qu'accompagne la voie de fait (les cannes leur volent à la tête) !!!

Nous retrouverons plus tard pareille "méthode" ... cette fois aux dépens d'Irma ... avec la même conséquence (BLC, 45-II-2 et 46-I-2) ... Dans "Le Colloque de Moulinsart", elle est ainsi (ironiquement) décryptée ;

"Une de leurs techniques les plus éprouvées consiste à accuser d'autorité l'une ou l'autre personne impliquée dans l'affaire en cours. Si elle se trouble, semble désarçonnée, c'est qu'elle n'a pas la conscience tranquille et fait ainsi la preuve de sa culpabilité. Un de leurs amis, capitaine au long cours, interrogé à propos de l'agression d'un paisible collectionneur de bateaux miniatures, et la camériste de la célèbre Bianca Castafiore, dans une affaire de vol de bijoux, eurent ainsi tous deux à subir cette épreuve avant d'être innocentés." (p. 43).

Soit, la description "non des Dupondt mais le point de vue des Dupondt sur les Dupondt. Et ce faisant, il (le texte) nous éclaire sur la clef de leur bêtise : ils ne savent pas qu'ils sont bêtes" (Ibid p. 45) !!!

Concluons en signalant que la SEULE réussite professionnelle à leur actif (la découverte d'un coupable, en l'occurrence, l'auteur du vol des portefeuilles), ils la doivent à Tintin, celui-ci attirant leur attention sur les chiffres brodés sur la redingote perdue par Aristide Filoselle (SDL, 34-III-3) ... On ne sait cependant si ce dernier aura été finalement arrêté ... Très probablement pas (ou alors si peu) puisqu'on le voit (sans sa barbiche !), à la fin de "Le Trésor de Rackham le Rouge", visiter la "Salle de Marine" à Moulinsart (TRR, 62-I) ...
jacqueshervelundi 4 avril 2016 à 21:35
On notera dans l'album un passage où les policiers Dupondt veulent arrêter le capitaine Haddock en l'accusant d'avoir agressé Mr Sakharine. Et pourtant, nos deux policiers connaissent de vue le Capitaine dans le Crabe aux pinces d'or voire de nom dans l'étoile mystérieuse.
+2
nicnollundi 22 juin 2015 à 12:04
Hormis l’extraordinaire "geste" spatio-temporelle, en onze trop courtes pages, des exploits du chevalier à l’extrême fin du XVIIème siècle, si intensément RE"vécu" (!) par Haddock, au XXème sous la figure d'une hypotypose, et déterminant le scénario de l’intrigue, "Le Secret de la Licorne" est, comme déjà "L’Oreille cassée", un album terriblement "terre-à-terre". Débutant par un marchandage entre Tintin et le brocanteur (SDL, p. 3) du marché aux puces , cadeau à l’intention du capitaine ou pas, JAMAIS jusqu’alors on n’avait vu Tintin réaliser une opération d’espèce commerciale ("Vous voyez ? Ici, il faut toujours marchander" lui glisse Dupont en 2-I-1) …

Outre plus, "Le Secret de la Licorne" est obsessionnellement "parasité" par le VOL … ce que pourrait "annoncer" symboliquement la démangeaison … canine de Milou (significativement, on le voit se gratter - c’est la seule fois de TOUS les albums (!) - ce, à quatre reprises - SDL, 1-II-4, 1-III-2, 1-IV-2 et 3-I-4 -), associant le lieu (à l’origine ces marchés ne proposaient que des rebuts récupérés dans les ordures par les chiffonniers) et le climat de parasitage propre à l'album :

1° multiplication des vols à la tire par une pseudo "bande bien organisée" (SDL, 1-I-1) qui se révèlera au final ne se réduire qu'à un seul personnage, Aristide Filoselle, fonctionnaire retraité et cleptomane névrotique ;
2° les Dupondt, à qui viennent d’être volés leurs portefeuilles (on aperçoit, encore inconnu, Filoselle, figurant plus que discrètement à l’extrême droite de la vignette 1-II-2, ayant assurément procédé "à l’instant" même au "délestage"), soupçonnés de vol (du fait d'une énième maladresse, cette fois involontaire de leur part) et emmenés "au poste" en piteux état (SDL, 2-IV et 3-I) ;
3° vol, chez Tintin, de la maquette de LA LICORNE acquise chez le brocanteur (SDL, 6-IV-3) et que suit un cambriolage (SDL, p. 7) : on apprendra que ces actes ont été commis par Barnabé, "l'homme du Vieux marché", rabatteur des frères Loiseau, antiquaires, propriétaires de la première maquette de LA LICORNE, vite au fait de la réalité de l'enjeu d'un trésor ;
4° vol assorti d’une agression chez Ivan Ivanovitch Sakharine (SDL, p. 25 et 26), collectionneur de son état, détenant une autre maquette de LA LICORNE ;
5° scène de tentative de vol par le pickpocket et dont les Dupondt font (une fois de plus !) les frais (SDL, p. 32 et 33) ;
6° enlèvement de Tintin (SDL, p. 35) que suit un second vol opéré chez lui (SDL, 37-III-3) ;
7° acquisition par Tintin des deux parchemins dérobés par Maxime Loiseau chez … un voleur (Aristide Filoselle, enfin découvert) - SDL, 59-IV-4 -. De cette acquisition, Hergé se garde bien de la présenter en tant que ce qu’elle est en réalité : un VOL "qu’excuse" le fait que Maxime Loiseau et son frère sont eux-mêmes convaincus de vols, d'agressions, d'enlèvement, de séquestration, de voies de fait, tentatives d’assassinat (sur leur complice Barnabé - SDL, 31-II-2 -) et de meurtre sur la personne de Tintin … tandis qu’Aristide Filoselle ("propriétaire"-kleptomane dudit portefeuille et Sakharine, possesseur du second parchemin, mis hors jeu (et d’ailleurs non initiés de ce qui est en cause), disparaissent du scénario ;
8° n’omettons SURTOUT PAS, dans le cadre du récit des "Mémoires" du chevalier, le VOL opéré par Rackham le Rouge et ses flibustiers du "butin" fait "lors de l’attaque d’un vaisseau espagnol" (SDL, 21-IV-1) qu’aggrave autant que possible la prise de LA LICORNE et le massacre de son équipage … Ce "butin" sera ensuite doublement escamoté par le chevalier : la nuit qui l’enveloppe au moment où il quitte le vaisseau ne permet pas de le prendre "sur le fait" (SDL, 26-I, II et III) … ce dont les Mémoires, très significativement, ne font pas état ... C'est que, conformément aux lois de la guerre et au Code d'honneur et d'obéissance que chaque sujet (en l'occurrence, chaque vassal), devait à son souverain, François de Hadoque aurait dû en remettre la substance au roi de France et ... qu'il s'en est bien gardé !!!
9° n'omettons pas non plus un fait auquel on ne pense assurément jamais : la PREMIERE origine du fameux "butin" arraché au vaisseau espagnol, provenant dès lors du travail d'esclave auquel les Conquistadors ont réduit les Amérindiens puis les esclaves noirs du commerce "triangulaire". Décidément, ce "trésor" ruisselle de SANG humain !!!

Dès lors, il "CONVIENT" que les frères Loiseau soient présentés comme reprenant, au XXème siècle, le rôle criminel de Rackham le Rouge au XVIIème, lors que Tintin et Haddock, assumant la dimension de "justicier" du chevalier de Hadoque en la poursuite et l’arrestation des deux frères, sont de la sorte réputés être "dignes" d’hériter du trésor du pirate dont la double origine ignoble et la double origine sanglante (par delà le martyre des esclaves dans les colonies latino-américaines et le massacre du vaisseau espagnol, le duel sans merci entre Rackham et le chevalier et l'extermination de l’équipage de forbans par le sabordage de LA LICORNE) sont soigneusement masquées en l’insistance (elle aussi double) mise en œuvre pour dénoncer la cruauté du pirate et le rôle multi criminel de ses "substituts" du XXème siècle !!! Préservation de la "dignité" des deux héros d’autant plus urgente que, s’agissant de la quête dudit trésor, JAMAIS non plus on n’aura "vu" ni "entendu" Tintin manifester une telle avidité : le CRI : "le trésor de Rackham le Rouge est à nous" retentit pas moins de quatre fois (SDL, 26-IV-3 – 59-IV-3 – 60-II-2 – 62-II-2) et précédé par la certitude d’être sur sa piste (SDL, 12-II-2) : sa "qualité" de victime directe des frères Loiseau sert à le "racheter" !!!

D’où, la NECESSITE morale voire quasi "rédemptrice" de l’odyssée dans la mer des Antilles, occupant pas moins des deux tiers de l’album "Le Trésor de Rackham le Rouge" (TRR, p. 13 à 55) … et de son apparent échec !!! Forme "d'expiation" d'espèce "religieuse" !!! D’où, aussi, la NECESSITE de la création du personnage de Tournesol, en ce qu’elle autorise au XXème siècle la constitution d’un inattendu trio de "trois frères unys" (la "condition" préalablement émise par le chevalier est dès lors réalisée … deux siècles et demi plus tard !) autant qu’elle permet, de par l’innocence et la générosité dont fera preuve, en fin d’album, le "troisième frère", offrant l’argent nécessaire à l’acquisition de Moulinsart (argent honnêtement gagné celui-là puisque résultant de l'acquisition, par "le gouvernement", du "brevet" du "petit submersible" - TRR, 59-I-2 -), de "racheter" en quelque sorte l’avidité et "l’honnêteté" en porte-à-faux des deux premiers …
nicnoljeudi 18 juin 2015 à 15:34
"Le jeu de mot ("c’est de la lumière que viendra la lumière.") constitue une invitation implicite à être fidèle à un ordre politique défini en termes de nature, comme était la royauté d’Ancien Régime. Bon courtisan mais aussi homme de mérite, le chevalier a reçu le château en donation ... Il convie dès lors ses héritiers à demeurer "unys" et à bien servir le Roy après lui : "le Soleil de midi" (remarquons le "S" majuscule !). Les diamants sont le signe d’une richesse spirituelle autant que matérielle et c’est pourquoi ils ne peuvent être échangé comme une simple marchandise : ils forment le relais visible d’un savoir caché que se transmettent, de génération en génération, les individus initiés. Les fils du chevalier n’accéderont à ce stade supérieur de la sagesse et de la fortune que s’ils comprennent, intériorisent et suivent l’exemple du Père. Comme dans le cas du fétiche arumbaya, l’objet précieux est l’enveloppe d’un héritage spirituel auquel il faut parvenir." (Jean-Marie Apostolidès - Les Métamorphoses de Tintin).

Sont-ce les relations, qu’en dépit de l’Occupation, Hergé continuait à entretenir avec le magazine hebdomadaire catholique français "Cœurs Vaillants" qui lui ont dicté au sein de l’album "Le Secret de la Licorne" cette allégorie exaltant la royauté en sa plus solaire incarnation, Louis XIV, le "Roi Soleil", et en sa forme politique la plus accomplie, la monarchie de "droit divin" ? Exaltation offrant un saisissant contraste avec cette France devenue républicaine par un meurtre fondateur (celui de Louis XVI), qui, depuis, enregistrait calamités sur calamités et venait de subir en 1940 le désastre militaire le plus catastrophique de son Histoire …

Faut-il considérer cette allégorie, mais cette fois de manière métaphoriquement allusive, en tant que manifestation de son soutien à la personne du roi des Belges, Léopold III, assurément nostalgique de cet "Ancien Régime" (comme l’étaient déjà son père, Albert Ier et son oncle, Léopold II), en rupture avec les membres du gouvernement Pierlot (lesquels n’ayant rien eu de plus pressé que de se réfugier à Londres, reviendront "dans les fourgons" des "libérateurs" ramasser des lambeaux de la victoire alliée) mais ayant cependant renoncé à révoquer ledit gouvernement comme il en avait constitutionnellement le droit ... ? De ce Léopold III qui, pour avoir appelé le pays à "reprendre le travail" après la défaite de la campagne de 18 jours, entendu partager les épreuves de son peuple en se constituant prisonnier de l’occupant allemand et s'être rendu à la convocation de Hitler, le 19 novembre 1940, a dès lors fait figure de "Pétain" belge (ce qui, historiquement, est d'une injustice criante !) et continue d'être considéré pour la cause, par-delà la mort, comme un paria …

Dès lors, ne faut-il pas considérer que, secrètement, en ces onze pages d'audacieuse digression spatio temporelle ayant pour héros le chevalier de Hadoque, serviteur de Louis XIV, "Le Secret de la Licorne" témoignerait de la part de son auteur, en même temps que d’un engagement politique dans un présent plein d'incertitudes, la nostalgie d’un royalisme historique devenu désormais impossible … ?
+1
nicnoljeudi 14 mai 2015 à 18:34
"Pendant la guerre, les artistes vont s'évader dans leurs oeuvres et la contrainte fera naître dans bien des domaines des chefs d'oeuvre" (commentaire du documentaire réalisé en 1976 et intitulé "Moi, Tintin" de Henri Roanne et Marcel Carné).

A la SEULE exception de "L'Etoile mystérieuse", album où s’expose et se développe une savante allégorie politique (qui vaudra à l'auteur de durables accusations d'antisémitisme voire même de "sympathies collaborationnistes" mais dont, de nos jours, on est à même de mesurer toute la pertinence), l'imaginaire d'Hergé (et donc son oeuvre) se réfugie dans l'aventure exotique mais aussi dans le rêve ... Le prétexte et le moyen ? L'approfondissement du personnage du capitaine Haddock, créé dans le premier album de ce "cycle de la guerre", "Le crabe aux pinces d'or", et appelé à se hisser rapidement au premier plan de la saga tintinienne ... fût-ce en faisant progressivement de l'ombre à Milou (Hergé avouera avoir été surpris de l'importance prise par cet être, à l'origine, authentique épave, esclave de son alcoolisme) ... De Tintin, on ne connaît la moindre attache familiale pas plus qu'on ne disposera jamais du moindre indice relativement à ses origines ... En tant que marin, c'est-à-dire exerçant un métier ouvrant sur les espaces océaniques (soit une métaphore de l'Infini en même temps que du rêve et de l'imaginaire), le personnage du capitaine Haddock représente un terrain de choix !!!

Dès lors, Hergé va accorder au capitaine Haddock une temporalité, une "histoire" qu'il ne lui est plus possible (qu'il ne lui a jamais été possible, en fait) de conférer à Tintin (d'où, cette absence d'attache féminine que "féministes", psychologues, psychanalystes et sexologues de tout bord et de tout poil, accusant l'auteur de misogynie, lui ont tant reproché ... lors que d'autres s'imaginent y "voir" la "preuve" de l'"homosexualité" du héros et partant, celle de Hergé) !!! Comment ... ? En lui faisant découvrir un ancêtre "fort en gueule" comme lui, à ce point homme de commandement et de courage au combat qu’il puisse se revendiquer de sa bravoure et de son prestige et ... s'identifier à lui en une scène homérique de dédoublement de la personnalité composée de manière GENIALE par Hergé sous la forme d'une hypotypose (figure de style consistant en une description réaliste, animée et frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée et comme vécue à l'instant de son expression) !!!

Précédée, en guise de prologue, par l'allusion à cette "bande bien organisée d'audacieux pick-pockets" (SDL, 1-I-1) qui se révélera devoir se réduire AU SEUL Aristide Filoselle, fonctionnaire retraité, vieux maniaque affligé d'une névrose obsessionnelle - la cleptomanie - et qui participe à la partie humoristique de l'album, l'aventure commence par un marchandage entre Tintin et le brocanteur du "Vieux marché" (à part l'achat du canot de l'indien Caraco dans "L'Oreille cassée" et - plus discrètement ! - celui du marin écossais dans "L'Île Noire", c'est la seule fois où on voit Tintin parler "argent", lui qu'on a vu refuser des paquets de dollars à Chicago ou au San Théodoros !). L'acquisition - la maquette d'un vaisseau trois mâts qu'il compte offrir au capitaine - va "ouvrir" subitement et de manière inattendue une dimension spatio-temporelle d'espèce supérieure, "suspension" relevant de la catégorie du roman épique dans une histoire terriblement "terre-à-terre" à son début et qui le demeurera par la suite en l'affrontement d'espèce manichéen entre le "clan du Bien" - Tintin et Haddock - et le "clan du Mal" - les frères Loiseau -.

C'est que, en même temps que Tintin, le lecteur apprend à la fois que cette maquette est une reproduction de "La Licorne", fier vaisseau de la flotte de Louis XIV dont le nom associe cet animal fabuleux, emblématique, à la quintessence royale du Grand Roi, et qu'il fut commandé, en l'an 1698, par le chevalier "François de Hadoque", ancêtre du capitaine Haddock, à la personnalité que l’on devine formidable à la vue du tableau que ce dernier présente à Tintin ... Par le récit homérique du capitaine chez qui les prouesses de l'ancêtre suscitent une telle exaltation qu'elles déclenchent trois scènes d'hystérie hallucinatoire (SDL, p. 13 et 14 - 20 et 21 - 25), le lecteur opère un bond formidable dans le Temps et l'Espace synthétisé en la couverture de l'album et dont le "film" (on ne s'en lasse pas à chacune des lectures !!!) va occuper pas moins de ONZE pages (SDL, p. 15 à 26) !!! Chef d'oeuvre scénaristique en ce qu’Hergé suscite chez Haddock un véritable dédoublement de la personnalité, une hyperressemblance, une auto-assimilation par delà l'espace temporel de quelques 250 années ...

"La lecture des Mémoires provoque chez le capitaine une crise d'identité. Il doit, plus que les autres, être digne du chevalier dont il a besoin comme alibi. Lorsqu'il raconte à Tintin la geste de l'ancêtre, il entre dans une sorte de transe, une furor que connaissent certains initiés au moment de franchir un échelon dans la hiérarchie du sacré. Au cours du récit, qu'il décrit sous la figure de l'hypotypose (les événements passés étant vécus comme s'ils étaient présents), Haddock devient le chevalier ; il lui prête sa voix, son corps ; il le nourrit de sa fureur ; il réaccomplit tous les gestes, particulièrement le meurtre de Rackham le Rouge, acte sanglant et fondateur de la dynastie familiale. Lorsque François guerroie contre les pirates, Archibald, affublé du même chapeau à plumes, se bat contre leur ombre. Lorsque François est fait prisonnier, Archibald revit dans son corps toutes ses souffrances, dont la soif n'est pas la moindre. Il ne mime pas la vie de l'ancêtre d'une façon extérieure, comme un acteur interprétant un rôle, il s'imprègne de son "mana" afin que sa propre personnalité s'en trouve transformée. Il s'agit d'une sorte d'alchimie mystérieuse, qui ne se réalise plus sur des métaux mais sur des hommes" (Jean-Marie Apostolidès).
jacqueshervelundi 11 mai 2015 à 00:39
Surprenant que les interphones ne jouent plus un rôle depuis que nos amis ont pris possession du château de Moulinsart.
+1
jacqueshervelundi 11 mai 2015 à 00:38
Dommage que la marque française de maquettes à monter bien connue n'ait jamais pensé en accord avec Hergé à commercialiser des Licorne à monter. Notons que le navire que Hergé a imaginé avait en réalité existé !
+1
lorenzocammadimanche 5 avril 2015 à 09:19
tintin jadore
almatmardi 9 décembre 2014 à 20:11
Le secret de la Licorne est, pour moi aussi, un de mes albums préférés.
Petite question : Il y a dans la crypte de Moulinsart un objet qui m'intrigue depuis longtemps : serait-ce un indice que Tintin a raté ?
Il passe juste à côté, au moment où il se fait tirer dessus.
Sur le ciboire, derrrière la cuirasse, je lis les lettres TRESOR...
Qu'en pensent les tintinophiles ?
NB : ça a peut-être déjà été remarqué depuis longtemps (depuis la première publication, ça doit faire 70 ans), mais je ne l'ai jamais lu nulle part...
Pour répondre au dernier contributeur : oui c'est bien lui., dans l'album..
+1
elbuchanosamedi 24 mai 2014 à 21:56
Bonjour! superbe article, très détaillé, j'ai appris plein de choses. C'est l'une de mes histoires préférées.
Toutefois je crois qu' il y a une petite rectification à faire, je ne suis pas expert mais un vieux souvenir d'image me trotte dans la tête, il me semble que l'on aperçoit Mr Sakharine dans la dernière image: dans le musée entrain de contempler les reliques ramenées de l'expédition , mais impossible de me souvenir si c'est dans l'album "Le trésor de Rackham le Rouge" ou dans le dessin animé du même nom. Il faut juste vérifier, j'irai voir à la bibliothèque.
+1
thibclemdimanche 18 mai 2014 à 18:33
Mon album préféré plein de rebondissement et de mystère.
+2
neox38vendredi 11 avril 2014 à 04:33
le meilleur album selon moi
+2
lou26jeudi 6 mars 2014 à 18:14
je l adore et le chateau est trop beau!!
+2
angeline-foxmercredi 5 mars 2014 à 11:26
J'adore celle la !
+1
leuenbergermercredi 6 novembre 2013 à 08:47
trop bien*
+1
55tintindimanche 3 novembre 2013 à 11:16
Je le trouve super !
+1
kidzoumardi 22 octobre 2013 à 23:03
sympa
+1
jacqueshervelundi 14 octobre 2013 à 00:45
Ce n'est pas la première dyptique mais la seconde après Ls deux aventures "Les Cigares du Pharaon" et "Le Lotus Bleu".

Quant aux frères Loiseau, dommage que Hergé n'ait jamais pensé à les faire réapparaître.
Choisissez un pseudo
Entrez votre email
Entrez un mot de passe
Choisissez un pseudo entre 5 et 12 caratères.
Valider mon inscription
Dans quelques secondes vous allez recevoir un email de confirmation.
 
Vous pouvez dès à présent vous connecter avec vos identifiants.

OK